ma note
-/5

moyenne
4.02/5
top 100: #44

Le Cimetière de la morale

nombre de notes: 0nombre de notes: 0nombre de notes: 0nombre de notes: 0nombre de notes: 1nombre de notes: 0nombre de notes: 2nombre de notes: 7nombre de notes: 12nombre de notes: 19

les avis de Cinemasie

4 critiques: 4.31/5

vos avis

37 critiques: 4.22/5



drélium 4.25 Au milieu du chaos, l'anarchiste.
Ghost Dog 4.25 Un homme à abattre
Ordell Robbie 5 Evangile du Fou
Xavier Chanoine 3.75 Un bon Fukasaku, violent et social.
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Un homme à abattre

Grand film nihiliste que l’on aurait du mal à imaginer dans nos timides contrées françaises, Le Cimetière de la morale s’inscrit dans un période très trouble et incertaine de l’Histoire du Japon, celle de l’après-guerre et de l’occupation américaine, celle de la pauvreté, de l’humiliation, des tensions nationalistes encore vives entre japonais vaincus et chinois ou coréens triomphants, celle surtout de la loi du plus fort où les yakuza tirent évidemment fort bien leur épingle du jeu. Pour illustrer ces années de tous les dangers, Fukasaku use d’ailleurs de tous les stratagèmes de réalisation jusqu’à frôler l’abus, avec des cadres penchés, du montage rapide en zoom x 10, des plans larges de foule hurlante, des colorisations d’image et un aspect documentaire revendiqué au détour de témoignages en voix off. Et parmi ce chaos total où tout semble permis, son regard se pose sur Ishikawa, un personnage véridique de yakuza bête et méchant qui ne respecte rien, et surtout pas une hiérarchie qu’il se fait un plaisir de bousculer à grands coups de couteaux.

Son parcours, qui va creshendo dans l’immoralité, ressemble un peu à celui d’un certain Roberto Succo dont la cavale meurtrière insaisissable sans autre mobile que de se faire plaisir en agressant, violant et tuant avait défrayé la chronique (d’ailleurs l’issue fatale des 2 zigotos se ressemble étrangement…). Et ce parcours qui semble aussi absurde que désespéré est riche en interprétations : le sens de la vie et l’importance toute relative des actes qu’on accomplit, son rôle dans la société, ce étonnant paradoxe nippon des extrêmes, d’un peuple capable de se battre jusqu’à l’apocalypse puis d’accepter subitement la domination américaine sans broncher, ou de cette femme violée qui hurle sa douleur mais qui réchauffe son violeur dans ses bras quelques jours après parce qu’il est blessé… Ishikawa le misanthrope, seulement accompagné d’un drogué abruti, balaye tout çà d’un revers de la main et fait simplement ce qui lui passe par la tête tout en osant graver sur sa tombe « honneur et humanité »… Ca fait froid dans le dos, mais c’est au final un excellent film, l’un des plus aboutis de son auteur.



20 janvier 2005
par Ghost Dog




Evangile du Fou

Le Cimetière de la Morale est un sommet du yakuza eiga selon Fukasaku car peu de films ont cet effet aussi viscéral sur le spectateur auquel le film ne laisse que peu de répit, son délire visuel cherchant constamment à se faire l'écho de la folie et de la déchéance de son personnage principal, véritable rebut de la société tout en étant l'incarnation du Japon de son temps, un "survivant" qui n'en finit pas de mourir tout le long du film. De caméras à l'épaule rendant la confusion des bagarres à des scènes d'action aux délirants téléobjectifs, des ralentis aux cadrages penchés en passant de l'usage de filtres chromatiques et de noir et blanc dans les scènes extérieures au processus de déchéance du récit principal, du début du film croisant photos noir et blanc et interviews quasi-documentaires en voix off afin de retracer les jeunes années du yakuza aux arrets sur image soulignant la violence, la mise en scène n'abandonne pas d'une semelle le "héros" y compris dans ses pérégrinations de junkie et ses tentatives pathétiques de réintégrer le monde des yakuzas ayant gardé le sens de l'honneur.

Si Fukasaku défend son personnage par caméra interposée, c'est que ce dernier est l'incarnation de la face cachée que le Japon a voulu oublier avec le miracle économique, un héritier de la barbarie militaire, du marché noir d'après-guerre, du monde interlope des droguées et de la prostitution, d'une époque où un Parrain pouvait sans problème se présenter à des élections, où politique et mafia étaient intimement liées. A l'instar de cette époque dont les stigmates sont encore visibles dans le Japon contemporain selon Fukasaku, ce gangster buté et grotesque, incontrolable semble invincible malgré les chargeurs vidés sur lui et les coups de sabre assénés -parallèle entre la figure du vagabond yakuza et celle du ronin solitaire peut-être- SPOILER et meme lorsqu'il se donne la mort au final ce n'en est pas vraiment une vu que sa "légende" sulfureuse défraiera à jamais la chronique de l'histoire des gangs FIN DU SPOILER. Le film comporte également des observations sur la complicité entre la mafia nipponne et les forces occupantes, sur le racisme réciproque entre Japonais et Coréens et entre Japonais et Chinois.

Festival d'audaces visuelles, intinéraire intime, film en état de grace où le brouillon en apparence est en fait style, commentaire social faisant écho à la Nouvelle Vague nipponne contribuent à faire du Cimetière de la Morale LE sommet de Fukasaku et un beau bijou du cinéma populaire japonais, un must see.



24 octobre 2001
par Ordell Robbie




Un bon Fukasaku, violent et social.

Fukasaku aime dépeindre son pays. Y en extraire les moindres qualités et défauts, les extirper de telle façon à les rendre tout aussi grotesques et pathétiques, dans un contexte social anarchiste et laissé à l'abandon. C'est simple, les yakuza de son Cimetière de la morale (quel titre!) sont tous sans exception pathétiques du début à la fin. Ca se charcute pour un rien, ça se coupe une phalange après avoir fondu en larme devant son boss, recroquevillé dans une position de soumission ultime tout en implorant des "gomen nasai" à n'en plus finir. L'image du Yakuza en prend un sacré coup. De plus, on parlait de cette société laissée à la dérive; pas de doute ici, on se croirait en pleine guerre urbaine. Les rues sont dégueulasses, la misère sociale est immense, on le sent, on le voit. Chacun se rallie à tel ou tel clan pour retrouver un semblant d'honneur dans cet immense désert chaotique, abysse de l'espoir.

Parfaitement bien ancré dans son époque (années 40-50), ce Japon d'après-guerre fait peine à voir. Les hommes sont tous obsédés par le sexe, l'argent et les femmes. Le film démarre d'ailleurs en trombe avec une séquence d'orgie hallucinante, où des yakuza s'en donnent à coeur joie dans un bain d'alcool, de femmes à moitié dénudées, recouverts par des billets qui leur tombent sur la tronche. Le tout, filmé dans une hystérie totale. La caméra virevolte dans tous les sens, zoom, dé-zoom, structure, déstructure l'espace avec maestria, tout en variant ses plans, Fukasaku livre alors l'une de ses plus belles créations, fruit d'un style ici à son apogée. Pas de doute, Fukasaku est un grand. Simplement, si je n'ai pas "totalement" accroché à son Cimetière de la morale, c'est pour une raison purement subjective. En effet, je préfère nettement les gangsters d'un autre grand maître, Seijun Suzuki. Disons que, Fukusaku c'est un peu le double de Suzuki dans un registre beaucoup plus noir et cru. Le style est souvent identique, à savoir des grosses bagarres sous une musique pop, des hurlements à n'en plus finir, des coups en traître et des histoires souvent très colorées. Seijun Suzuki lui, dans une optique visiblement identique (yakuza-ci, yakuza-ça) manie l'ensemble de manière plus théâtralisée, colorée et comico-ridicule. Jo Shishido c'est un peu le Tetsuya Watari de Fukasaku : un grand bagarreur, relax, lunettes noires. Gaffeur et Bondien chez l'un (Suzuki), tâche et vicelard chez l'autre (Fukasaku), mais dans l'ensemble leur portrait est identique.

Si Le cimetière de la morale ne m'a pas accroché, ce n'est pas parce qu'il est mauvais, loin de là. C'est même un excellent yakuza eiga distillant ça et là quelques savoureux clins d'oeil au même cinéma de Fukasaku (ou alors manque de renouvellement dans le style, c'est à voir?). Mais dans un style proche, je préfère me payer une bonne tranche de rigolade devant le cinéma de Suzuki qui reste à mon avis esthétiquement et thématiquement supérieur à celui de Fukasaku, dans la mesure où il se renouvelle sans cesse, tout en apportant une dimension supérieure au genre. Le Cimetière de la morale n'est qu'un calque -réussi certes- de Combat sans code d'honneur. Les teintes sont identiques, les histoires à peu près dans la même veine et l'interprétation toujours aussi forte. De plus, j'ai moyennement apprécié la façon dont sont traités les Chinois, Fukasaku disposant d'un regard trop complaisant face à leurs humiliations (la scène dans la prison, ma foi inutile), n'hésitant pas à les insulter copieusement (suceurs de yankees, amerloques, etc...). Un peu de retenu -politique- n'aurait sûrement pas été de trop. Allé, on ne va pas faire la fine bouche sur ce spectacle gore et délirant, c'est bien pour ça qu'on l'aime nous ce Fukasaku, hein?

Esthétique : 4/5 - La mise en scène est impressionnante. Musique : 4/5 - Un thème minimaliste à la guitare sèche, particulièrement bon. Interprétation : 3.5/5 - Juste, tout en étant gonflante (Gros boss pas content contre petit yakuza soumis) Scénario : 3.5/5 - Un scénario bien foutu, mais manquant sacrément d'originalité.



05 octobre 2006
par Xavier Chanoine


info
actions
plus
  • liens
  • série/remake
  • box office
  • récompenses
  • répliques
  • photos
  • bande annonce
  • extrait audio