Classique, mais moins ennuyeux que d'habitude
Après Time, de Kim Ki-Duk, un nouveau film qui s'attaque à la chirurgie esthètique. Sorti le même jour, Cinderella rentre dans le sujet, déterminé à le tourner à la sauce fantôme. Et c'est particulièrement réussi, malgré qu'on ne soit pas épargné de certains cliché si récurrents dans les films d'horreur coréens. En effet, impossible d'éviter les sursauts dûs à une musique qui nous éjecte du siège. La scène n'avait rien d'effrayante, mais la musique arrive si soudainement, que la personne a coté ne peut pas s'empêcher de dire "nan mais c'est bon, avoue que t'as eu peur la, c'est pas grave"... S'il savait comment c'est nul. Enfin, un malheur ne venant jamais seul, on est quand même soulagé de ne pas devoir supporter une énième Sadako. Le duo Sadako/Ju-on est sans doute le pires cliché que l'on trouve dans quasiment tous les films d'horreur coréens, sauf dans celui là. Alors forcément, rien que pour cela, on note un progrès significatif qui rend la vision du film tout de suite plus agréable.
Pour en revenir au sujet, il s'agit d'une classe de lycéennes où à peu près tout le monde parle de se faire refaire le visage. L'une d'elles commence à entendre des bruits bizarre et voit ses camarades se cisailler le visage en plein cours de sculpture. Et à coté de cela, sa mère est chirurgienne plastique et l'empêche depuis qu'elle est toute petite d'aller dans la cave. Bref, on sent un truc bizarre du coté de la mère, et on voit plein de vision du passé ressurgir dans la tête de la fille. Vous vous en douterez, la critique de la chirurgie esthétique passe vite à la trappe pour parler plutôt d'une histoire dramatique et de l'amour d'une mère pour sa fille après un accident tragique. L'histoire se laisse avaler et on la digère plutôt correctement grâce à une mise en scène relativement digne de ce que l'on peut attendre d'un film d'horreur lambda. Parmi les actrices, la mère, Do Ji-Won, est parfaite ; les autres sont encore des lycéennes qui ont beaucoup de chemin à faire, sans être nulles.
Finalement, malgré les quelques clichés qui restent des films du genre, on note une certaine émancipation qui redonne goût à voir des films d'horreur. Alors, quand on le voit après le très mauvais A.P.T., le résultat ne peut être qu'extraordinaire.
02 septembre 2006
par
Elise
Le visage d'une autre
On ne s'en rend pas réellement compte, mais la chirurgie esthétique est un thème terriblement à la mode en Asie – et surtout en Corée. Les cabinets se multiplient, les petites filles sont conditionnées dès leur plus jeune âge à des carcans de beauté totalement ridicules et devant l'incroyable recrudescence de la demande (et une concurrence toujours plus acharnée), les prix dégringolent à une vitesse grande V pour mettre les opérations à portée des plus petits portefeuilles.
Alors qu'en Europe, ce sont surtout les interventions sur les seins et l'effacement des rides, qui priment, en Corée, on aime à se faire débrider les yeux et rétrécir le nez.
Ce curieux (et malsain) effet "de mode" n'était bien évidemment pas sans inspirer le 7e Art et après le carton plein de la mièvre comédie "200 Pounds Beauty" (en fait une apologie de la chirurgie esthétique, alors qu'elle prétend la condamner), ce ne sont pas moins de deux autres longs, "Time" de KIM Ki-duk et le présent "Cinderella" à traiter du thème sur grand écran.
Côté horreur, il me restait encore le goût amer de l'ultra décevant (nippon) "Kirei" dans la bouche; une espèce de sous-produit vidéo entretenant des lointains rapports avec la chirurgie esthétique. Ca rajouté à la déception de dizaines de films d'horreur coréens de très moyenne facture me poussaient pas à mettre la galette de "Cinderella "dans le lecteur; en même temps savoir, que c'est un ancien réalisateur de films érotiques de seconde zone, auteur d'un très honnête "Sweet sex & love" (2003) très fortement influencé par le pinku nippon, qui a consenti à réaliser le film ne pouvait qu'attiser ma curiosité.
Las ! Peine perdue et espoir déçu: "Cinderella" ressemble à l'une de ces nombreuses victimes des bistouris opportunistes: un film foutraque, cafouillis et sans aucune âme.
Pourtant le début était prometteur et le réalisateur semblait se jouer de son public: "J'ai peur" est la toute première réplique du film; bientôt suivi par un "Si tu pensais encore pouvoir me faire peur en te prenant comme ça – eh bien c'est raté !" de la part d'une mère, qui a entendu s'approcher sa fille, qui pensait lui faire peur en entrant sur la pointe des pieds dans le bureau. AH ! Le réal veut faire peur et il ne pense pas utiliser les moyens habituels. LAS ! Si le film semble effectivement emprunter l'énième voie d'un sous-Sadako (ou plutôt "Grudge") avec l'arrivée d'un fantôme aux longs cheveux sales dans un bloc opératoire, la suite tiendrait plutôt du thriller pur jus…ou du survival…ou du film d'horreur ?!! On ne sait plus trop; le scénario penche tantôt de l'un, puis de l'autre côté; phantasmes se mélangent à la réalité, il y a une sous-intrigue à la Natascha Kampusch, avant que l'on vire de nouveau au film de fantômes sans donner aucune explication satisfaisante.
Le réalisateur semble tout faire pour éviter le rapprochement à ses anciens amours de jeunesse envers le film érotique: aucune chair exposée, malgré la surabondance de femmes (tous les hommes sont exclus de cet univers, mis à part un père absent et "trompeur de femme", un docteur, qui laisse crever ses patientes et un commissaire, qui aime à renifler l'odeur de sang – oui, là, écrit comme ça, ça donne envie, mais je grossis largement le trait). On pourrait se dire: "normal, la chirurgie s'adresse avant tout aux femmes" (quoique), allons-y, allonzo vers la grosse dénonciation de la course à la beauté…ouais, sauf que le réal passe – là aussi – totalement à côté de son sujet. Faut croire, que le cartel de la beauté est trop présente pour oser la critique, car en-dehors d'un joli exposé de la mère esthéticienne, qui fait tout pour dégoûter une copine de sa femme à se faire opérer, pas grande critique à l'horizon.
"Tous les clients de ma mère sont morts" dit l'héroïne. Quoi ?!! Pourquoi ne pas les avoir montrées mourir alors ?!! Et pourquoi elle est encore en vie alors ? Et toutes ses copines, qui apparaissent et disparaissent sans faire avancer en rien le schmilblick ?! Quid de toutes les fausses pistes (notamment la grand-mère), qui mèneront à absolument rien ?!! Il n'était pas question d'espérer un autre "Visage d'un autre" du génial Teshigahara ou encore d'un "Yeux sans visage" de Franju…mais en l'état "Cinderella" ne ressemble à rien, n'atteint aucun de ses objectifs (même pas celui de faire peur) et…ne sert à absolument rien.
Next !
Un sur dix, et c'est celui la!
Bonne surprise après les derniers navets coréens de 2006/2007 dans ce genre. Il y a vraiment un style, une marque que ces derniers devraient exploiter plutôt que se fourvoyer dans les histoires de fantômes à cheveux longs.... Après Cello, Cinderella fait partie de ces films hyper esthétique et hautement psychologique qui font la singularité du cinéma d'épouvante Coréen. Le drame toujours en arrière plan de motivations cruelles donnent enfin du fond et une portée intelligente aux scènes gores, ce qui nous change un peu depuis les 2 dernières années. La base du scénario, certes propice, ne dégénère pas en vaste fumisterie sanguinolante et les acteurs n'en font pas trop. Il serait difficile d'en demander plus!
Un film d'horreur très, trop classique...
Les bons points :
- La réalisation est honnête : ça fout les chocottes, le spectateur en a pour son argent. L'image est très belle et les plans d'épouvantes bien travaillés.
- Le casting n'est pas mauvais, surtout l'actrice qui joue la mère, DO Ji-Won, qui colle complètement à son personnage.
- La BO est en phase avec le film, l'ambiance est là.
- Très belle affiche :)
Les mauvais points :
- Un scénario vraiment décousu, à se demander si ce n'est pas volontaire pour masquer le manque d'intérêt au film.
- Un gros cliché toutes les 10 minutes, si si c'est cadencé.
- Un dénouement en queue de poisson, le genre qui agace.