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Detective Dee : La légende des rois célestes

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les avis de Cinemasie

2 critiques: 3.5/5

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1 critiques: 4.25/5



Arno Ching-wan 4 3-Dee save the queen !
Ordell Robbie 3 Tout TSUI est là, sauf la poésie et la folie.
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3-Dee save the queen !

La saga Dee se développe comme les OUATIC en leur temps. Feuilletonesque en diable, elle s’enrichit de nouveaux personnages et, sur ce 3ème opus, assure le spectacle, du vrai bon blockbuster chinois, en distillant de ci de là quelques bribes de pensées rafraîchissantes.

Le cousinage d’avec les Sherlock de Guy Ritchie et Moffat est toujours aussi évident. On dispose d'une future impératrice en lieu et place d’une Victoria, d'un serviteur borné qui rappelle Lestrade et d'un ami de Dee acuponcteur en clone du Dr Watson. A ce dernier de bénéficier d’une très touchante romance avec une superbe « Reflet de lune » jouée par la très prometteuse Sichun Ma. Lorsqu’ils sont réunis à l'écran, on ne peut s’empêcher de les confondre avec les Nicki Wu et Charlie Young de The Lovers, sans ce goût de "cendres du temps" qui passe. C’en est doublement émouvant. Quant à Dee, en l’absence du leurre Irène Adler on peut s'autoriser à le présupposer homosexuel (là, je marche sur ses oeufs). Hark se trahit à mon sens via sa mise en scène, celle usuelle qui filme les corps plutôt que les visages pour exprimer les échanges. La profusion de mains plus volontiers masculines, souvent délicates d’ailleurs, rejoint une certaine sensualité équivoque. Une scène de voyeurisme – signature chez Hark – en joue également, et Dee n'oriente son "Dragon docile" (son épée, voyons) ni plus ni moins que vers... Lestrade. Plus parlant encore, ce passage où la fausse reine, incarnée par la fringante quinqua Carina Lau, tente de le charmer pour lui extraire son "épée" montre qu’il n’est en rien troublé – pas même un chouïa. On avait peu ou prou la même scène dans le 1er film, avec la prêtresse – pourtant supposément un homme qui pensait, pour se l’accaparer, qu’il lui fallait se changer en femme !

Il est difficile à notre chouchou d'artiste de se renouveler vraiment, mais les redites, si elles sont palpables, ne sont pas pour autant pénibles. Elles sont bien exposées. Si l’on frôle par endroits le quasi remake de la Flamme fantôme, on se surprend à penser aux répétitions habituelles du Sifu Hark qui participent sinon de son évolution, du moins de ses déplacements et bifurcations. Ainsi, cette obscure secte qui en veut au pouvoir évoque-t-elle celle du Lotus blanc de OUATIC2, tandis qu’un jeune moine invoque à la fois le Touch of Zen du vénéré King Hu en même temps que le Chiu Man-Cheuk de Green Snake. Si nulle Maggie Cheung ne vient tenter de l’extirper de son monastère pour lui rendre sa fierté et sa libido, à une autre de lui demander de prendre part à la réalité des choses : au combat. Il ne s’agit pas cette fois de charger la religion, plutôt de demander poliment à l'un de ses représentants, tout comme tente de le faire Dee envers le pouvoir en place, d’aider l’intérêt général. Ce choix de la diplomatie plutôt que l’affrontement primaire, en tout cas sur un plan proche du trône, rejoint le film-frère The 1000 Faces of Dunjia, à mon sens une Armée des ombres faussement potache qui cache sacrément bien son jeu - situé lui sur le plan populaire. A la sagesse du vieux maître de s’exprimer plus efficacement que celle du « Tsui Hark américain » Steven Spielberg, qui tout comme lui veut désormais bien faire au crépuscule de sa carrière en même temps qu’accomplir le noble job premier : divertir (cf. Ready Player One).

Dans notre Légende des rois célestes, certains atours du blockbuster peuvent décevoir (score boom-boom de Kenji Kawai, rebondissements dans l'histoire parfois limites qui s’imposent en force), mais d’autres, comme le rythme effréné, composent déjà le style Tsui qui se fond ainsi aisément dans le support. A tel point que cet été, il arrive à tenir la dragée haute au très efficace Mission Impossible Fallout, saga qu’il cite sans le vouloir à travers son recourt aux masques - d'abord Sherlockiens, mais l'ennemi n'est pas en reste.

L'air de rien, derrière son show de haute-volée le réalisateur de The Blade conseille aimablement aux personnes légitimement en colère de ferrailler d’une autre manière, réclame la non-passivité des religions, la défiance envers les apparences, et prône l’ouverture et l’apaisement des esprits... malgré son bordel habituel ! Bordel où il se débrouille tout de même pour glisser – sans hystérie - un poisson géant, des gros yeux qui explosent, un King Kong du cru et des emprunts aussi flagrants que bienvenus aux démons japonais de Yohiaki Kawajiri. Peut-être sont-ce les composantes nécessaires à la 3D qui le freinent dans ses velléités chaotiques ? Car la 3D est magnifique, on en prend plein des yeux et l’on ressort de la séance sans fatigue oculaire. C’est du très bon boulot et l'on peut être fiers que papi Tsui soit l’un des plus actifs - et qualitatifs - en la matière.

En sauvant une nouvelle fois la Reine, cette fois carrément - Carinament, donc - d’elle-même sur une scène où elle apparait comme franchement pathétique, Dee veut comme Tsui « bien faire » tout en acceptant qu’il ne pourra s’opposer à son ambition démesurée, qu’il ne fait que repousser l’inévitable. Il fait ce qu'il peut, à sa place, avec les moyens du bord. A Dee de rester droit dans ses pompes, et l’au-delà, tout comme moi, lui en sait gré.

11 août 2018
par Arno Ching-wan


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