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Infernal Affairs 3

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les avis de Cinemasie

8 critiques: 2.28/5

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32 critiques: 3.23/5



Archibald 3 "Psycho-blockbuster" plutôt intéressant
Arnaud Mirloup 2 Gros gâchis de belles idées
Carth 2.5 Soporiphique, mais il paraît que c'est à la mode...
François 1.5 Dénouement infernal
Gillesc 2.5 C'est quand meme moins pire que ce qu'on m'avait dit
jeffy 3 Essai non-transformé
MLF 2.75
Ordell Robbie 1 Sommeil Infernal
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


"Psycho-blockbuster" plutôt intéressant

Andy LauTout d'abord je vais essayer de dégager la trame de ce troisième opus de "Infernal Affairs" (pas facile !). L'histoire commence quelques temps après la mort de Yan (Tony Leung Chiu-Wai) et semble d'abord s'orienter vers la situation (professionnelle & psychologique) d'Andy Lau Tak-Wah. Puis on apprend qu'il existe d'autres "Goo Wak Jai" infiltrés dans la police comme lui ; il est vrai que Lau n'était apparemment pas le seul à être envoyé par Sam dans la scène du début du 1er opus. C'est là que nous ai présentés Leon Lai Ming, puis sa relation avec Cheng Dao Ming (l'Empereur Qin Shi Huang dans Hero). De là le film, à travers d'innombrables saut dans le temps, évolue sur deux trames temporelles : la première que l'on peut situer aprés le 1er épisode. Tout ce qu'il s'y passe a toujours un lien direct avec le passé (simple prétexte pour voir re-débarquer Tony, Anthony, Eric....). La seconde trame temporelle se situant donc quelque mois avant la mort de Yan (Tony Leung), soit un peu avant le premier épisode.

Il est clair que ce scénario (encore plus que celui du 2) tourne autour de l'histoire du 1. Ce qui démontre que cette trilogie n'a pas été écrite à l'avance, mais bien à partir d'un seul scénario à succès. Cependant, Alan Mak Siu-Fai a laissé (volontairement?) assez d'éléments dans le 1 pour rendre le tout cohérent.

Autant le 2 replaçait des éléments du 1 ou en expliquait l'origine sans jamais nous y renvoyer visuellement. Autant ici, on replace les mêmes personnages (acteurs) aux mêmes moments que précédemment ; on revoit même certaines scènes du 1 (sur le toit...). En tout cas, vous l'aurez compris, bien suivre l'histoire de ce troisième opus tient vraiment de l'effort. Mais si on adhère dés le début, cela fonctionne plutôt bien. Et on suit avec un intérêt presque "policier" l'évolution des protagonistes.

Car Infernal Affairs 3 se veut analytique. Les sous-intrigues qui sont ici lancées intéressent moins que la véritable psychanalyse des personnages qui nous est proposée. Au travers d'un traitement beaucoup plus noir que les deux précédents, ce film dévoile beaucoup de facettes des personnages restées inexplorées. Aussi, après un Eric Tsang Chi-Wai presque gentil dans le 2, on voit ici un "Tai Lo" pour qui ses hommes comptent à peine (plusieurs scènes où il envoie Tony Leung au casse-pipe). On retrouve un excellent Andy Lau devenant complètement schizophrène suite à la mort de Yan. Il semble reprocher au monde entier de ne pas lui laisser une chance de se repentir, mais continue pourtant d'opérer dans l'illégalité et l'immoralité. Petit détail amusant : la (seule) scène flashback où l'on voit Andy Lau, celui-ci porte une casquette vissée sur la tête pour cacher ses cheveux rasés (Andy sortait de son rôle de moine dans Runnning on Karma...). Tony Leung, quant à lui, est plutôt décevant par rapport à son interprétation du 1. Il est là...mais tout juste (peut être est-ce aussi le manque de legitimité de sa présence dans l'histoire qui dérange). Yan & SP Wong (Tony Leung Chiu-Wai & Anthony Wong) Kelly Chen Wai-Lam a également plus de peine a nous convaincre.

La photographie est impeccable, avec notamment quelques plans très intéressant (plan de l'ascenseur). L'action est moins présente qu'avant et laisse place à des scènes descriptives, explicatives. Cet épisode est beaucoup moins visuel que ses prédécesseurs, et c'est peut être le point faible dans la réalisation. On a vraiment le sentiment qu'Andrew Lau Wai-Keung n'a pas saisi les fondements du scénario et qu'il souhaite trop nous "montrer" les acteurs plutôt que de les laisser faire et de les regarder autant que nous(dommage avec un tel casting...). Et c'est peut-être ce manque d'importance qui plombe la prestation de certains. La musique est moins poignante, mais conserve son thème à l'aspect très "grandes sagas".

En Bref, pour qui a aimé les deux premiers épisodes, Infernal affairs 3 conclut la saga de manière plutôt correct et surtout très noir. Mais rapellons que les trois films commencent et finissent par des sutras Bouddhistes sur l'enfer, "sans limite de temps ni de lieu", "sans échappatoires". Peut-être faut-il comprendre que les personnages sont en fait dés le départ coincé dans ce "Continuous Hell", cet enfer éternel. Toutefois, le déroulement du récit s'avère tellement complexe, que si vous n'accrochez pas, vous lâcherez le film après la première demi-heure. Andrew Lau nous livre donc un "psycho-block buster" assez intéressant, a partir d'un scénario tordu mais plutôt bien construit.

Critique basée sur le Director's Cut



29 février 2004
par Archibald




Gros gâchis de belles idées

Deux idées principales semblent être à l'origine du métrage. La première était de se concentrer sur les tourments intérieurs du personnage joué par Andy Lau afin de finir la démonstration commencée avec les tantras "enfer sans fin" cités dans les deux premiers épisodes. IA3 essaye de définir le mal et ses conséquences sur l'individu coupable via ici une sorte de paranoïa destructrice. Intéressant mais finalement redondant, le jusqu'au boutisme de cette théorie est inutile. On avait bien compris, ça n'était pas la peine d'enfoncer le clou. La seconde idée était de changer le ton par rapport aux deux premiers épisodes (polar-thriller pour le premier segment, fresque mafieuse pour le deuxième), et d'orienter l'épilogue sur le domaine du suspens psychologique. En clair, Hitchcock et De Palma sont en ligne de mire. Couillu, ce concept ne trouve pourtant pas la magie qui avait oeuvré jusque là, ce malgré une volonté et une ambition affichées de se hisser à la hauteur des grands auteurs cités ci-dessus. En témoignent plusieurs scènes: la filature d'un homme qui boîte et le leurre provoqué par un bruit identique de claudication. Lau est trompé par les apparences, c'est typique du genre, ou encore cette séquence mémorable chez la psychologue où Lau et Leung s'y croisent étrangement, leurs rêves également, Lau perd pied avec la réalité et nous avec...

Ouais regarde, y'a ma manche qu'est décousue, tu pourrais pas faire quelque chose?L'essai est louable mais ça ne fonctionne pas. La réalisation est cette fois ultra plate, la musique est limite présente (un comble par rapport à l'opus précédent!) et les acteurs font tout sauf sujouer. Le tout a manifestement été torché en deux temps trois mouvements, ce qui achève de rendre cette conclusion ratée et ennuyeuse. A l'arrivée, IA3 fait objet de sympatique annexe aux deux premiers. Dommage, il y avait là de quoi faire un chef d'oeuvre, un aboutissement de taille et on a seulement un brouillon de film.



22 septembre 2004
par Arnaud Mirloup




Soporiphique, mais il paraît que c'est à la mode...

Inutile de s'étendre longtemps sur le sujet, Infernal Affairs 3 est le plus mauvais segment de la trilogie du duo Lau/Mak. A aucun moment on ne retrouve la classe de la mise en scène du premier opus, ni même la beauté dramatique du second. Pire, il n'y a rien de bien étonnant dans son approche résolument classique du polar troublant où les fausses pistes et les ellipses s'enchaînent comme des perles et ce dans n'importe quel sens. La construction de Infernal Affairs 3 se veut cassée par un enchaînement spectaculaire (le mot est juste) de changement d'époque comme si c'était naturel de dynamiser le scénario en passant de 2003 à 2002, puis "un mois plus tard", "12 mois plus tard" et rebelote dans le sens inverse histoire d'envoyer le spectateur sur la touche pour bien lui montrer qu'aucun personnage n'a été oublié. On retourne donc auprès de Tony Leung et son officieuse donzelle Kelly Chen pour mettre en avant leurs petits jeux médicaux bien cucul (Tony Leung en deviendrait même presque lourd) à base de séances d'hypnoses. Génial. Andy Lau passe ici pour un grand malade, Eric Tsang une vieille crapule croyant à ses heures perdues, Anthony Wong en vieux type grognon (qu'on retrouvera incroyablement classe dans Exilé, chef d'oeuvre de Johnnie To)...même Leon Lai paraît bien fade, à l'image du film lui-même.

On se demande même l'intérêt de faire un troisième opus, esthétiquement à la ramasse par une mise en scène faiblarde usant d'artifices visuels craignos comme les filtres chromatiques pour soutenir les flash-back ou cette réutilisation de teintes argentiques bien ternes. Mais dans le fond, cet Infernal Affairs n'est pas un mauvais film, car bien bricolé malgré la mollesse d'ensemble, c'est juste qu'on s'ennuie royalement et l'on cherche à comprendre l'utilité de cette séquelle tout juste rattrapée par un score correct et un twist bien débilos mais rigolo.

14 janvier 2007
par Carth




Dénouement infernal

Après un premier film basé sur le suspense, un second beaucoup plus tourné "fresque mafieuse", Andrew Lau et Alan Mak tentent encore une fois de changer de style pour le dernier film de la série. Cette fois on garde le nombre de personnages importants du second film, on enlève toute ampleur épique, on ne peut pas vraiment jouer sur le suspense vu qu'on sait déjà comment tout se termine pour la plupart des personnages, donc on se tourne plutôt vers une intrigue à tiroirs, des sous-intrigues, et bien sûr sur le destin du personnage d'Andy Lau. Si l'intention est louable, il faut une bonne dose de courage pour arriver à tout suivre, car l'ensemble est rendu très compliqué avec son ping-pong de flashbacks et son scénario très (trop) compliqué, et surtout très long à suivre à cause d'un rythme défaillant.

Le changement de ton est en effet très surprenant, et on attend désespérément un peu de tension et d'intensité, à l'image de certaines scènes très réussies des deux opus précédents. Mais il faut attendre la dernière demi-heure pour cela, et encore, pour des scènes loin d'être mémorables. On a l'impression qu'Alan Mak s'est retourné le cerveau dans tous les sens pour sortir cette histoire très compliquée, mais que tout le monde était un peu au bout du rouleau pour la mettre en scène. La réalisation est moins travaillée que dans les autres films, on balance une photo très travaillée en intro sur une cage d'ascenceur (passionnant), les acteurs font leur travail mais sans intensité (où sont les Tony Leung, Anthony Wong, Eric Tsang, Francis Ng des deux premiers films?), la musique est molassonne et peu inspirée (sauf les passages repris des deux premiers films évidemment...).

Il reste tout de même des scènes réussies et ce scénario bien compliqué qui permet sûrement de revoir le film plusieurs fois pour reconstituer le puzzle. Mais si on ajoute certaines incohérences (les caméras d'espionnage qui zooment et panotent, le personnage d'Andy Lau qui change du tout au tout sans raison vraiment valable), des passages vraiment peu inspirés (l'introduction contraste fortemment avec celle du second épisode: le monologue d'Anthony Wong était excellent, la scène de l'hopital est ennuyeuse au possible), et une l'ambiance sonore bien moins travaillée que dans les épisodes précédents, difficile d'obtenir un résultat pleinement convainquant. On en vient surtout à conclure ce que le second épisode laissait évidemment présager: Infernal Affairs la trilogie est un bel opportunisme commercial, et sûrement pas une trilogie pensée dès le départ. Tant mieux pour la santé économique de tous les protagonistes, sauf pour les spectateurs qui ne s'y retrouveront jamais vraiment.

Au final, ce dernier épisode de la série est très nettement décevant par rapport aux précédents. Si le scénario se montre trop compliqué, il l'est peut-être à cause d'une mise en scène vraiment peu inspirée. Andrew Lau n'est sûrement pas le meilleur metteur en scène possible pour ce genre de film, car sa technique est utile pour des films bien plus visuels et démonstratifs. Bref, Andrew est un poseur, ce qui n'est pas toujours négatif, et Infernal Affairs 3 n'est pas un film poseur. C'est dommage car avec un tel casting, il y avait moyen de faire un film autrement plus marquant. Ici on en arrive trop vite à l'allumage du voyant d'alarme "Décrochage! Décrochage!" et une fois la limite franchie, le film devient d'un ennui assez total. Ceux qui arriveront à suivre auront sûrement un avis opposé à celui-ci, mais difficile de bien noter un film peut-être intéressant, mais trop difficile à suivre. Certains films méritent les efforts nécessaire au suivi de l'intrigue, hors ici vu le dénouement, l'effort semble de trop.

Critique basée sur le Director's cut.



16 février 2004
par François




C'est quand meme moins pire que ce qu'on m'avait dit

Je suis vraiment agreablement surpris par ce troisieme opus ; autant le deuxieme etait interessant dans le sens ou on voit les debuts de l'infiltration, autant celui la mene l'enquete sur la vie de Yan dans ses dernieres annees. Certains points sont plutot interessants, comme la relation entre Yan et sa psy, mais il est vrai que certaines astuces pour conclure sont un peu fouareux je dirais ; ca donne l'air d'etre fini a l'arrache parce qu'ils en avaient marre de tourner le film et qu'il leur fallait un truc original. Et ca perd en efficacite ; une intrigue psychologique un peu trop surrealiste a mon gout


Ce qui malheureusement entraine un second defaut au film : c'est que je trouve Andy Lau vraiment mauvais ; son personnage ne passe vraiment pas, alors que son cote serieux dans le premier episode etait plutot efficace et on croyait vraiment a son personnage qui avait du remord a etre une taupe. La on dirait qu'il a arrete de jouer ; comme si c'etait du vent, que le film allait de toute facon pas marcher et que ca valait pas le coup de donner de la valeur psychologique profonde a son perso. Tony Leung n'a heureusement pas le meme souci, puisque son personnage doit rester exactement comme dans le premier, soit le meme jeu, et la meme volonte de montrer la seule personne presque irreprochable de la serie. Concernant les personnages secondaire, je suis agreablement surpris par Kelly Chen que je trouvait plutot banale dans le premier opus et carrement nulle dans Tokyo Raiders, ce qui en soit n'est pas tres exceptionnel pour un buddy movie. Grosse surprise egalement concernant Lai Ming, qui m'a plutot decu par une prestation quelconque dans l'autre film ou je l'ai vu, Leaving Me, Loving You.


En effet, ce role, qui etait inexistant ou presque dans les autres episode est ici developpe comme un point important dans la relation entre Yan, Sam et un trafiquant d'arme de la Chine continentale, jouant entre sympathie fourbe et froideur d'un homme ambitieux que le remord et les scrupules n'arretent pas. Ces personnages supplementaire permettent quand meme de donner une certaine profondeur a l'histoire d'origine, quitte a devier sensiblement de la trajectoire donnee par le permier opus pour achever sur une idee presque interessante, qui n'arrive cependant pas a donner la surprise comme le faisait le premier.


Disons qu'apres un premier IA surprenant, un deuxieme plus sombre mais plus lourd, le troisieme releve la tete dans une tentative ambitieuse de se raccrocher au premier, sans pour autant reussir a conclure sur une bonne note. Dommage car il y avait une base scenaristique interessante mais les idees finissent par se chiffoner d'elles memes.

02 avril 2004
par Gillesc




Essai non-transformé

Est-ce un film manqué ? Comparé aux 2 premiers opus, on aurait tendance spontanément à répondre par la positive à cette question. Quelle en est la raison? Surement pas la réalisation d' Andrew Lau qui reste égal à lui même dans cet épisode. Le manque d'action semble quand même le brider un petit peu, mais techniquement, il n'y a rien a redire. Et vu le rythme de ce film, on a l'occasion d'apprécier un peu plus sa photographie. Coté acteurs, vu qu'on reprend les mêmes à l'exception de Leon Lai et Cheng Dao-Ming, la comparaison avec les précédents épisodes est évidente: on est loin d'avoir ici des performences mémorables. L'impression génerale est celle d'une certaine contrainte, de jouer en-deça. Même la bande son semble en retrait. Quelle en est la raison ? De toute évidence, le choix scénaristique. Le film se coince dans une période très limitée, comparativement au premier, d'environ deux ans qui commence quelques mois avant la mort de Yan, et consiste à une relecture de la vie de Yan à travers les yeux de Ming. Problème: on se retrouve à traiter une époque déjà décrite dans le 1er opus, mais ici apparaissent de manière non négligeable les personnage de Chen Daoming et Leon Lai. Or leur présence conditionne beaucoup la relation Yan-Sam. Outre le fait qu'il n'ait jamais été question d'eux auparavant, c'est surtout la psychologie des rapports Yan-Sam qui est apparait contradictoire par rapport au premier épisode, et cela se retrouve également dans la relation Yan-Wong qui perd de sa force en contradiction avec le premier volet. Que reste-t-il au film alors ? Eh bien je crois que seul le personnage de Ming nous livre la clé. Le retournement psychologique de Ming est d'ailleurs le seul paramètre qui soit en ligne avec le premier film. Et Andy Lau nous livre une interprétation du rôle impeccable dans son interiorisation. Et de ce point de vue, les multiples aller-retour entre passé et présent servent bien l'évolution psychologique du personnage. Il y a dès lors une certaine logique dans les choix retenus, comme par exemple le personnage de Leon Lai qui devient le contre-contre-miroir de Ming et qui par conséquent n'est pas développé dans sa psychologie propre, ce que rend bien l'interprétation de Leon Lai. De même le rôle clef du Dr Lee pour Ming qui le relie à Yau avec la scène reussie des deux divans symétriques par rapport à l'analyste. Il en résulte un film assez compliqué, parfois pris dans ses contradictions, mais étant donné les postulats de départ, je ne vois pas comment, Andrew Lau aurait pu s'en sortir mieux. Piégé par les données scénaristiques, il ne pouvait repartir sur un film d'action comme le deuxième volet, ni sur le crescendo qui caracterisait le premier. Et le choix de l'évolution psychologique de Ming était certainement la meilleur façon de terminer cette série, le vide laissé par la mort de Yau ne pouvant que se répercuter sur celui qui avait été son double, symétrique et opposé, durant tant d'années. Une conclusion a la trilogie qui reste bien en deça des deux autres épisodes, mais qui est peut être la moins mauvaise façon d'en finir.

29 février 2004
par jeffy




Sommeil Infernal

Ce n'est malheureusement pas avec ce troisième épisode que Infernal Affairs prendra sa place parmi les grandes sagas criminelles de l'histoire du cinéma de Hong Kong: partie d'un niveau cinématographique bon mais pas renversant, cette série se voulant une réponse de Hong Kong au succès des blockbusters coréens par une volonté de scénarios plus écrits que la moyenne des polars hongkongais et un effort apporté à la finition technique afin de rendre ces films plus facilement exportables parce que plus "pros" -i.e.correspondant aux standards techniques imposés par Hollywood en matière de cinéma de genre- continue encore à décliner avec ce troisième épisode.

Il y avait pourtant de quoi redresser la barre après un second épisode lorgnant vers la saga mafieuse sans avoir les moyens de ses ambitions: une volonté de montrer les triades comme un business s'étendant sur l'Asie du Sud-Est qui faisait défaut au précédent volet, l'absence des fades Shawn Yu et Edison Chen. Mais Andy Lau, Eric Tsang, Tony Leung, Anthony Wong et Leon Lai sont juste corrects, Chapman To surjoue encore de façon inappropriée par rapport au ton général du film et Kelly Chen joue très mal son personnage de psychanalyste. Surtout, les concepteurs se plantent en voulant encore renouveler la série en choisissant une option de déconstruction narrative qui obscurcit encore plus un récit déjà embrouillé et comportant trop de personnages pour une telle durée de film -retour de l'écueil de l'épisode précédent-. Et en voulant développer les rapports entre Yan et la psychanalyste les scénaristes offrent une série de scènes de consultation aussi ennuyeuses qu'inutiles aboutissant à une partie romance qui fait regretter par son coté plat digne de n'importe quel mauvais blockbuster made in USA l'époque où le cinéma de Hong Kong les traitait avec un romantisme flamboyant premier degré.

D'après certains critiques, ce volet se voudrait porteur d'une atmosphère fantomatique et de paranoia: il y a donc peut etre la volonté de faire des personnages des fantomes vivants, d'user d'une construction alambiquée pour créer un sentiment de perte de repères ainsi qu'une lenteur "hypnotique" dans les parti pris de mise en scène. Sauf que les acteurs ont franchi la frontière séparant le fantomatique du terne, qu'à vouloir créer la perte de repères le film finit par perdre le spectateur en route et que la lenteur somnambulique -mal maitrisée en terme de mise en scène, donnant l'impression que les réalisateurs se regardent filmer- finit par etre d'une grande efficacité soporifique, sa combinaison avec une photographie bleutée finissant par ressembler à du sous-Michael Mann. Finalement, cette série aura souffert des contraintes de l'industrie hongkongaise qui cherche à presser très vite le citron d'une formule qui marche: vouloir essayer de faire un cinéma de genre aux scénarios élaborés -surtout lorsqu'il s'agit d'une saga- implique d'avoir le temps de les écrire, temps pas vraiment permis par les contraintes actuelles de cette industrie cinématographique. Imaginez que Spielberg ait du finir un second Indiana Jones un an après le premier, la saga n'aurait surement pas eu une telle cohérence.

Cette saga démontre surtout que le cinéma de Hong Kong n'a pas encore les moyens de rivaliser avec Hollywood sur son propre terrain: si ce genre de films pas à la hauteur de ses prétentions est porteur sur le plan financier, il en va tout autrement d'un point de vue artistique. Mais après tout quoi qu'en disent ceux qui revent du retour de tous les expatriés à HK, cette dernière industrie est tout autant obsédée par le profit et matérialiste qu'Hollywood. Et c'était déjà le cas durant son dernier age d'or: certains cinéastes avaient su tirer profit de ses contraintes pour imposer un style propre. Ce qui n'est pas encore le cas de la "relève" actuelle. En attendant, HK refait du polar grâce au succès de cette série. Et cela vaut bien un peu d'estime pour "services rendus au cinéma de genre".



16 février 2004
par Ordell Robbie


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