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Ip Man

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les avis de Cinemasie

6 critiques: 2.92/5

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44 critiques: 3.9/5



Anel 2.5
Arno Ching-wan 3.25 Once upon a time : Chinaman !
Astec 3.5 Pontifiant et fun
drélium 3.25 Chorégraphies solides mais ambiance froide, lisse et discours puant.
Ordell Robbie 2 Académique hors action. Et l'épate formelle gâche le (beau) spectacle martial.
Xavier Chanoine 3 Intensité dramatique niveau Fearless mais des combats mémorables
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Once upon a time : Chinaman !

On continue avec l’une de ces grandes icônes de la Chine désormais toutes condamnées à se voir récupérées, aménagées et formatées par une nation chinoise focalisée sur le 7ième art, ou lorsque la stratégie obscurantiste de communication du Pays du Milieu bat son plein dans les salles. Obscures, également. Aujourd’hui : Ip Man (ou Yip Man) cuisiné à la sauce Wilson YipDonnie Yen.

« Comment t’appelles-tu ? » demande le japonais épaté par la démonstration martiale de Ip Man. « Je suis chinois ! » répond notre héros rebelle, s’affirmant ainsi simple citoyen au sein de la masse. Pourquoi pas, en effet, c’est beau, mais de l’avis des historiens Ip Man ne prit jamais part au conflit entre chinois et japonais. Tout au plus refusa t’il d’enseigner son art à l’envahisseur. Encore une fois, après, au hasard, un Taegukgi coréen prônant un rapprochement des gars du nord et du sud contre les - et grâce aux - japonais, ou encore un The Rebel vietnamien souhaitant cette même unification du peuple grâce aux – et contre les – français, Ip Man met tous les mandarins d’accord : un bon japonais est un japonais mort !



A gauche: Donnie Yen/Ip Man explique à son peuple qu'il les a compris. A moins que moi-même... A droite : un tiers des japonais présents sur cette photo sont sur le point de se prendre une sévère déculottée par Maître Ip. Saurez-vous trouver lesquels ?

Cette facilité quant aux enjeux n’est pas nouvelle mais elle est ici traitée lourdement. Le thématiquement très proche Fist of Legend de Gordon Chan (1994), lui-même un remake d'un vieux Bruce Lee, s’avérait nettement plus nuancé en la matière, vantant au final un échange, un partage des arts martiaux positif entre chinois et japonais, avec comme pré-climax un duel mémorable entre Jet Li et KURATA Yasuaki. Dans Ip Man, si les scènes d’action sont certes impressionnantes, la structure du récit reste très pauvre, bâclée même. On frôle surtout en de nombreuses occasions le comique involontaire, avec des décors et un univers pas toujours crédibles, l’abus de sérieux de Donnie Yen et quelques passages dramatiques maladroits (les pleurs de sa femme, les dessins meûgnons de son enfant…) nuisant tout aussi sérieusement à la portée de l’œuvre. Une partie de ces gimmicks étaient déjà là dans Flash Point, l'oeuvre précédente du duo Yen/Yip, mais comme ce dernier se présentait ouvertement comme un film de branlous, plein d’épate « à l’ancienne », c’est à dire non pas via des affèteries de mise en scène mais par le comportement même des personnages, ça passait. Le cuir de Donnie, ses moulinets, ses pectoraux… Ca cabotinait à outrance et tout était dans le ton !
 
D’un point de vue martial, ok, on en prend largement plein la vue avec le Wing Chun, un style de wushu qui viendrait, d‘après la légende, d’une femme, Wing Chun, incarnée joyeusement dans le film homonyme de YUEN Woo-Ping par Michelle Yeoh (1994), homonymie reprise pour une série de 2007 dominée par Yuen Biao. Soit dit en passant et sans l'avoir vue.

Yip filme comme d'hab' très bien ses scènes de baston mais dramatiquement le film ne décolle jamais vraiment ; à cause du statut rectiligne de Ip Man. Aucun des combats du film ne le met jamais en difficulté, pas même le duel final. La faute également à cette ellipse grossière, digne d’un bollywood, où notre personnage passe de très riche à très pauvre le temps de l’invasion flash éclair des japonais sans que l’on comprenne tout à fait comment il en arrive là. C’eut été utile de développer pour éprouver un minimum d’empathie, non ?

Le bilan n’en est pas négatif pour autant. La démo martiale est de très grande qualité mais on est loin du Fist of Legend précité, qu'on a envie de revoir une fois le Wilson Yip terminé, ainsi que des premiers OUATIC, avec un désormais très subversif second volet. Mais Flash Point était autrement plus puissant, plus fluide, davantage maîtrisé que ce Ip Man, qui se révèle en fin de compte un peu comme Lauren : bancal. Vive Captain America, Vive la Chine, Vive le Maréchal.

22 février 2009
par Arno Ching-wan




Pontifiant et fun

Ok, ça reste hyper plat en terme de mise en scène, limité du point de vue du scénario, pontifiant parfois, caricatural d'autres. D'accord, ça se prend au sérieux quand "dans le temps" ça déconnait grave sur nos films de kung-fu. Mais pris justement dans ce même esprit, on glisse d'autant plus facilement sur ces défauts d'Ip Man qui sont en partie compensés par la "production value" du film et le niveau technique de l'ensemble. Et même si la partie martiale est inégale, elle propose les séquences les plus réussies de ces dernières années (avec celles de SPL) et quelques scènes particulièrement excitantes. Pour un fan du genre le bilan ne peut être que satisfaisant. 

30 mai 2010
par Astec




Intensité dramatique niveau Fearless mais des combats mémorables

Ip Man a tous les atouts possibles dans sa poche pour devenir une nouvelle vitrine de référence dans le domaine des chorégraphies et de la mise en scène. Après le décevant Flash Point, le précédent film de Wilson Yip, on pouvait craindre le pire de la part d’un cinéaste surestimé trop rapidement par tout un public qui voit en lui la relève aux cinéastes d’action qui ont fait les heures de gloire du cinéma HK, pourtant Ip Man fonctionne par sa beauté zen et sa belle maîtrise du sujet. Le film en partie biographique raconte un moment de la vie du maître avant et après l’occupation nippone à partir de la fin des années 30 mais pêche par ses accélérations dans le temps évoquées par la simple présence de textes à l’écran ou de photographies officielles. Le procédé peut paraître simple, voir très superficiel, mais ne gâche en rien le plaisir procuré par cette bobine de fureur tranquille, terme ô combien possible puisque Yip Man a tout de l’artiste martial réfléchi et sûr de 99% de ses mouvements, superbement incarné par un Donnie Yen impressionnant de justesse du début à la fin qui réussit d’ailleurs plutôt bien dans le registre dramatique, secteur où on ne l’attendait pas forcément. Il fallait d’ailleurs bien ça pour espérer quelconque substance dans ce pamphlet antijaponais un poil racoleur prônant des vérités et une certaine idée de l’occupation ici sous-entendues par des séances de combats gratuites laissant une chance à quiconque désire se mesurer aux athlètes martiaux nippons de gagner un sac de riz. Pourtant à aucun moment le film ne parvient réellement à se détacher de sa propension à faire de chaque scène d’action un grand moment martial attractif, laissant de côté l’aspect historique tout en donnant que peu d’ampleur aux personnages bis : Simon Yam règle deux trois projets avec Yip Man, ouvre son usine et en prend plein la tronche, l’excellent Gordon Lam devient traducteur du général Miura pour « manger » en ces temps difficiles, Fan Siu-Wong montre les dents et épate par son agressivité assez peu banale et la femme de Yip Man souffre durant tout le film sans que cela ne gêne. Pourtant il est difficile de s’écarter de la ligne directrice du film –la baston spectaculaire recherchée par le public- pour tenter d’appréhender Ip Man comme une vraie saga douloureuse, la faute à un traitement sans trait particulier et sans grosses prises de risque qui auraient pu faire la différence dans le registre purement émotionnel.

Wilson Yip se contente donc de dresser un portrait gracieux du maître et d’en faire un défenseur des opprimés allant jusqu’à former des ouvriers à l’art du Wing Chun pour se défendre face aux bandits, d’ailleurs l’une des séquences les montrant se rebeller face à la bande de Shan Zhao confirme la tendance du film à jouer dans le registre de la comédie histoire d’égayer un peu le paysage rendu très terne par l’occupation du Japon auteur ici de l’une des pages les plus sombres de son histoire. Difficile de se retenir de rire lorsque l’on voit une pauvre ouvrière rondelette en tablier se prendre un bourre-pif après avoir esquivé une attaque ennemie, ou bien de voir le fils de Yip Man débarquer sur son vélo à roulettes en plein combat et de rapporter les propos de sa mère comme quoi il devrait employer la force pour éviter que son adversaire continue à casser des vases à chaque offensive. Le cinéaste montre d’ailleurs un Yip Man qui évite le plus possible d’utiliser l’attaque face à l’ennemi, préférant le pousser à bout par sa souplesse, sa supériorité technique et son incroyable vitesse d’exécution : la violence, il ne l’utilisera que pour venger les siens qui se revendiquent chinois avant tout. Là encore chaque affrontement éclipse les à-côtés négociés bien trop gentiment ou rendus exécrables par un nationalisme à présent dépassé : le soldat nippon est le mal absolu, incapable d’éprouver la moindre sympathie, préférant jouer avec de pauvres ouvriers ou claquer le cuissot de la première paysanne venue. En cela, Wilson Yip rappelle (mais de manière moins grossière) le Lo Wei qui mettait en scène Bruce Lee dans les années 70, car si Yip Man est un être faisant preuve d’un certain humanisme et d’une bonté d’esprit peu commune, il se sert finalement du Wing Chun pour faire du mal et être ainsi à l’opposé des valeurs de l’art martial, comme une sorte de pulsion incontrôlée (voir l’affrontement face à dix karateka et les affolantes distributions de coups de poing) née de la haine qu’il voue à l’occupant responsable de la décimation du peuple de Foshan.

Les carences du scénario et la précipitation dans la chronologie ternissent un tableau pourtant presque parfait : rarement Wilson Yip n’aura été aussi efficace dans la mise en scène à des années lumières du clinquant de ses dernières réalisations. Le spectateur attend chaque combat avec une certaine impatience comme pour se demander comment Donnie Yen arrivera à se débarrasser de ses opposants, avec quel tour, quelle audace, quel sens propre au géni ? Bien aidé par un montage efficace, les superbes prestations martiales de chacun font de Ip Man un divertissement rendant justice au paysage cinématographique HK responsable de plus belles heures du cinéma d’action mondial. Le digne représentant du film de baston n’a à l’heure actuelle aucun prétendant possible tant le film est intouchable à ce niveau. La dimension héroïque de Yip Man, sa noblesse d’esprit et son parcours exemplaire en font un personnage presque unique dans le monde des arts martiaux et pour les deux millions d’adeptes de Wing Chun encore aujourd’hui. Reste qu’il y a encore des choses à dire à son sujet et ce n’est pas le film de Wilson Yip qui ira creuser très loin à ce niveau, les récents travers superficiels du cinéaste n’ont pas encore totalement disparu en dépit des qualités spectaculaires qui font de Ip Man un divertissement populaire finalement jouissif.



21 février 2009
par Xavier Chanoine


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