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Lost in Translation

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les avis de Cinemasie

11 critiques: 3.91/5

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33 critiques: 3.41/5



==^..^== 3.25 Très bon, mais je n'ai personnellement pas trop accroché
Carth 4.25 Sublime, émouvant, j'aime...
drélium 4.25 nuage flottant
El Topo 4.25 Comment j'ai tué mon père par Sofia Coppola...
François 4
Ghost Dog 4 En apesanteur
Junta 4.25 Très beau film à la réalisation maîtrisée.
MLF 3
Ordell Robbie 3.5 Brève Rencontre à Tokyo
Tanuki 4.5
Yann K 3.75 Beau film, vraie cinéaste, le plaisir de Bill Murray et Scarlett "the voice" Jo...
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Très bon, mais je n'ai personnellement pas trop accroché

Une chose est sûre, les deux acteurs principaux jouent leur rôle à merveille. surtout Bill Murray, d'un caustique sans pareil. Toutefois l'impression que retransmet le film et qui est celle ressentie par les deux personnages ne me convient pas du tout. Tout au long du film, par le biais de la musique un peu cinglante, on n'a l'impression d'être à quatre heures du matin après une sortie sans fin et un besoin de dormir pressant. En fait s'est tout à fait la situation dans laquelle se rencontrent les protagonistes. Ils n'ont pas supporté le décalage horaire et arrivent dans une ville étrangère voir imperméable. Je dois avouer avoir attendu la fin du film.

Autre que cette question de goût qui ne m'a que modérément plu, j'ai été assez déçu par l'image que l'on voit du Japon. A part quelques clichés connus de presque tous on n'en vois pas grand chose: karaoké, jeux-vidéo,... On entrevoit certes un temple et un groupe de femmes taillant des plantes, mais ça reste bien trop superflu.



14 mars 2004
par ==^..^==




Sublime, émouvant, j'aime...

Difficile de croire que Lost in translation est un film qui capte autant l'attention. On suit tout bêtement la vie de Bob (Bill Murray) dans cette immense ville qu'est Tokyo, qui même si colorée de partout, grouillante de monde et où la communication prime sur tout, ce dernier ne comprend pourtant rien de ce qui l'entoure. Un peu comme le touriste blasé moyen. Jusqu'au jour où à force de descendre whisky sur whisky dans la partie bar de l'hotêl, il rencontre Charlotte (Scarlett Johansson). La naîssance d'une complicité et d'une grande amitié verra alors le jour. Comme c'est zoli.

Les deux personnages, simples d'aspect mais finalement terriblement complexes sont tout ce qu'il y a de plus classique. Cela pourrait être vous et moi, durant nos vacances ou lors d'un voyage d'affaire. Et c'est pour cela qu'on s'attache immédiatement à eux deux, boulversants et d'une grande sensibilité Bill Murray est égal à lui même, avec sa bonne bouille des grands jours, sa classe et son caractère relax' qu'on lui connait bien. Scarlett Johansson, incroyable de beauté, nous ouvre ses bras pour qu'on s'y refugie. Elle donne réellement envie d'aimer, de se sentir bien et de se laisser aller. En témoignent les chevauchées nocturnes dans ce fascinant Tokyo illuminé, le soir quand il n'ya rien à faire à l'hôtel. Une virée dans un centre d'arcade? Dans une boîte tendance et épurée de strip-tease? Ou alors au restaurant de sushi du coin?

Fait de simplicité, Lost in translation captive, passione, pourtant muni d'un pitch tout bête, tout simple. Presque un road-movie urbain teinté de poésie, de grande émotion et de sensibilité. Et si c'était ça le secret d'une réussite? La simplicité et l'émotion.



18 février 2006
par Carth




Comment j'ai tué mon père par Sofia Coppola...

[Attention, légers spoilers]

Lars von Trier avait créé avec Europa un film sous hypnose. Le Requiem for a Dream de Darren Aronofsky posait les bases d’un cinéma sous héroïne. Quant à lui, le deuxième essai cinématographique de Sofia Coppola constitue sans doute la première œuvre sous décalage horaire.

Ainsi, plus encore que dans Virgin Suicides où le spleen était pourtant déjà prégnant, le temps semble suspendu et tout paraît être en flottement dans Lost in Translation. Dans un Tokyo qu’ils trouvent trop froid, trop différent, trop incompréhensible, Bob Harris (Bill Murray) et Charlotte (Scarlett Johansson) s’ennuient et se morfondent dans la mélancolie qu’occasionnent leurs solitudes respectives. Lui est un acteur à la carrière déclinante qui vient faire un gros cachet en tournant une pub pour un whisky local, Elle est la jeune épouse cultivée et désoeuvrée d’un photographe branché et visiblement pas extrêmement fin, venu tiré des clichés promotionnels d’un groupe de rock local. Lui est cinquantenaire et en pleine crise conjugale, Elle n’affiche pas beaucoup plus de vingt ans (Scarlett Johansson avait dix-huit ans au moment du tournage).

Tous les deux sont plus ou moins perdus entre jet lag, néons tokyoïtes, fossés (gouffres ?) culturels et linguistiques… En résulte deux attitudes différentes (Bob est cynique, il se moque des autochtones tandis que Charlotte fond en larme, remet en question son couple) qui cache sans doute le même spleen. Comme ils partagent d’interminables insomnies, ces deux « héros » se rapprochent pour mieux faire passer le temps. A deux on est plus fort, ce disent ils sans doute alors que leur relation au pays du soleil levant est à un stade proche de l’adversité. Ainsi, Bob et Charlotte vont-ils commencer à sortir et écumer les soirées, sans négliger le moindre « passage obligé » du touriste occidental au Japon : sushi-bars, karaokés, temples bouddhistes… De ces pérégrinations va naître une relation équivoque, indéfinissable entre les deux personnages. A quoi faut il croire quand, dans une scène sublime, Bob s’installe aux côté de Charlotte sur le lit de cette dernière, sans faire pour autant le moindre geste tendancieux vers elle ? Du paternalisme, du désir refoulé, une amitié de commodité qui transcende la frontière des âges ?

Comme chez Wong Kar-Wai (Lost in Translation évoque furieusement Chungking Express et à un degré moindre In the Mood for Love), il est impossible, même au terme du film, de répondre avec certitude à cette question. Les rapports des personnages resteront toujours dans une profonde ambiguïté dont ils semblent se satisfaire jusqu’au dernier instant quand ils se quittent pour sans doute ne jamais se revoir au terme d’une séquence admirable. Les promesses callipyges du très beau premier plan ne seront pas tenues, et c’est sans doute un bien car cela procure au film toute sa finesse en présentant une anti-love story à mille lieux des canons hollywoodiens.

Si sur le fond, Lost in Translation n’est pas très loin de Virgin Suicides (plus par son atmosphère élégiaque que par sa thématique), la forme diffère grandement. Alors que Virgin Suicides (ab)usait d’effets caractéristiques du clip et d’un montage qui frôlait le surdécoupage, ce second film montre une grande spontanéité dans son filmage. Et si ce choix est sans doute à l’origine des quelques scories que l’on pourra relever dans la mise en image, si le style de la cinéaste n’est pas d’une éclatante originalité, l’œuvre dans sa globalité n’en est que plus légère, et sans doute plus sincère.

Enfin, se pose la question du regard que Sofia Coppola pose sur le Japon. De prime abord, on serait tenté de crier au scandale devant ce que certains n’hésiteront pas à considérer comme une satire tissée de clichés qui tourne en dérision les Japonais et leur pays en ne les présentant qu’à travers le regard perclus de poncifs du touriste occidental. Du karaoké (qui donne pourtant lieu à une magnifique scène) aux salles d’arcades électroniques en passant par les scènes avec la call-girl ou le photographe qui font la part belle à la prononciation toute relative de l’anglais par les Japonais, on assiste à une succession de vignettes-truismes qui prêtent le plus souvent à rire.

Mais à y regarder de plus près, on comprend vite que la satire n’est pas unilatérale, loin de là. On dénombre ainsi plusieurs personnages tout ce qu’il y a de plus américains qui n’ont d’autre fonction dans le film que de se rendre ridicules (la starlette et son petit ami rappeur, le mari photographe branchouille, le crooner du bar…). En allant plus loin, on ne peut que constater que le personnage interprété par Bill Murray (aussi brillant que sa partenaire Scarlett Johansson, ce qui n’est pas peu dire…), sous ses dehors cyniques et pince-sans-rire est finalement tout à fait risible. Avec la jeune Charlotte, il tourne en dérision les Japonais, se moque sans cesse de leurs faits et gestes, leurs coutumes, leur anglais, mais qui s’en soucie réellement ? Qui cela fait il rire ? Personne et surtout pas lui-même. En un sens, il est plus ridicule encore que les Japonais qu’il singe, et ne tarde d’ailleurs pas à s’en apercevoir en regardant son pantomime grotesque dans une émission animée par un présentateur aussi exubérant que peroxydé qui n’est pas sans rappeler Kitano Takeshi dans ses œuvres télévisuelles. Et même quand il parvient (à l’hôpital) à provoquer l’hilarité de quelques autochtones, on peine à déterminer si ce n’est pas de lui qu’on se gausse. Conscient de sa condition en définitive assez pitoyable, Bob Harris n’esquissera donc pas le moindre souvenir avant le final émouvant où il comprendra qu’après avoir rêvé de le fuir, il ne veut plus quitter le Japon.

Film aussi drôle et léger que touchant et mélancolique, Lost in Translation apporte donc la confirmation de l'immense talent qu’on ne pouvait que soupçonner dans Virgin Suicides. Avec maestria, Sofia Coppola se sera donc fait un prénom en deux films à peine. Deux merveilles qui laissent augurer une longue et fructueuse carrière.



13 janvier 2004
par El Topo




En apesanteur

N’ayant pas du tout accroché au destin des 5 petites garces blondes suicidaires de son précédent film, je n’attendais rien de spécial de Lost in Translation. Pourtant, grâce à une histoire d’amour toute simple entre 2 êtres paumés en plein Tokyo, j’ai été transporté. La photo est somptueuse – Tokyo a-t-il déjà été filmé comme ça par un local ? -, la bande son planante, et surtout l’alchimie fonctionne parfaitement entre Bill Murray, quinquagénaire tête de chien battu à la recherche d’un second souffle, et Scarlett Johansson, magnifique de sensibilité. Qualité supplémentaire : Sophia Coppola ne se prend pas au sérieux, notamment lorsqu’elle multiplie les clichés sur le Japon vu par un étranger pour mieux s’en amuser. Dans le making-of accompagnant le film, on peut d’ailleurs découvrir une personnalité éminemment sympathique, tout excitée qu’elle est de faire jouer le grand Bill dans son œuvre…

Le charme de Lost in Translation vient sans doute de son côté « vacances d’enfants », où 2 adultes retombent dans leur jeune âge et se prennent par la main pour courir dans les rues profiter de la vie, se donnent rendez-vous sur rendez-vous avant que survienne le fatal moment de la séparation. Une œuvre constamment sur la corde raide entre émotion et comédie, qui marque les esprits par l’atmosphère sereine qu’elle réussit à dégager.



05 octobre 2004
par Ghost Dog




Brève Rencontre à Tokyo

Hype, Sofia Coppola l'est depuis son premier film, le beau the Virgin Suicides premier film très prometteur qui, s'il ne disait rien de neuf sur l'adolescence, le disait avec un vrai sens du cadre, des choix musicaux et de casting avisés. Au point qu’on ne puisse plus réécouter désormais Ten CC ou Air sans désormais penser au film... Lost in Translation a au moins le mérite de ne pas se voiler la face, de se revendiquer très vite de la hype, c'est à dire de l'existence de son auteur hype parce que fille de, (ex-)femme d'un cinéaste hype et réalisatrice de vidéoclips pour groupes hype, parlant de la brève rencontre d'une star has been (le futur de la hype) et de la compagne d'un photographe de mode (c'est à dire en couple avec option vue sur la hype) à Tokyo. Soit une ville incarnation vivante de la notion de hype où Sofia Coppola travaille comme chef d'entreprise. Dès son premier plan d'ailleurs: cette paire de fesses frémissante en ouverture avec un fond de déco très design, n'est ce pas du porno chic? Ou une pochette de compilation lounge faite plan de cinéma? Voire même une ouverture cinématographique parfaite pour une projection sur écran plasma de restaurant parisien à la mode parce que se fondant dans leur décoration, leur ambiance.

Sofia Coppola cinéaste mode alors? Oui, vu qu'elle semble avoir conçu son film comme un équivalent cinématographique d'un parfum ou d'un sac à main de grand couturier, comme l'accessoire de saison. On peut s’amuser à mentionner le look GAP uniforme des personnages. Mais aussi certains éléments prêtant le flanc au reproche d’esthétisme publicitaire parce que l’on y sent le passé professionnel de la cinéaste. Ainsi certaines poses prises par Charlotte qui de même que certains choix de cadrage et de photographie donnant l'impression d'être échappés d'une publicité pour parfum. Fincher, Sofia Coppola, même combat alors? Non, vu que l’utilisation d'une partie de cette esthétique-là aurait plutôt tendance à rappeler le projet de Coppola père sur Rusty James. Soit tenter de confronter une esthétique fortement liée à son époque, une cinéma «à sensations» descendant en droite ligne de la modernité cinématographique à un script relevant d’un genre cinématographique florissant durant l’age d’or hollywoodien. Le tout en espérant retrouver le parfum de naïveté de genres aux esthétiques aussi très liées à leur époque. Noir et blanc vidéoclip pour le père, esthétique de ses propres publicités pour la fille. Film Rebel without a cause chez le père, comédie romantique pour la fille. Dans les deux cas, cette volonté affichée de se positionner par rapport à une histoire des images et du cinéma fait qu’on ne saurait les considérer comme des spots publicitaires en version longue. Surtout quand dans les deux cas il y a un vrai regard de cinéaste et quand cet héritage ne forme pas comme chez d'autres la totalité du projet de mise en scène. Reste malgré tout que pour cette raison le film risque probablement de paraître aussi daté dans 20 ans que le beau Rusty James aujourd’hui.

Film déjà daté même… Sans que cela signifie qu'il soit jetable après usage. Déjà parce que le plan d'ouverture mentionné plus haut symbolise aussi l'attente de Charlotte de voir sa vie un tant soit peu secouée par l'imprévu. Aussi parce que les milieux hype et leur décorum sont ici à la cinéaste ce que les notables de province sont à Chabrol ou les milieux intellos newyorkais à Woody Allen. Déjà, si ses propos en interviews sont irritants par leur côté fille qui croit tout savoir de la vie parce qu'elle est née dans l'or et crache ses lapalissades comme si elle venait de pondre un aphorisme nietzschéen, Sofia Coppola cinéaste est déjà une observatrice avisée de son milieu. Les deux êtres que le film fait se rencontrer sont à la fois intégrés à ce milieu et à un stade de leur vie où ils commencent à prendre leurs distances avec lui. L'une parce que le côté en permanence en représentation de son mari ne correspond pas à sa sensibilité, l'autre parce que star en déclin et en pleine "middle age crisis". Donc à se retrouver en position d'observateurs acerbes. Sofia Coppola dit d'ailleurs la célébrité, ses vertiges et ses affres: les plans d'ouverture où Bob Harris hallucine en se voyant sur un panneau publicitaire disant cette espèce de vertige à littéralement se (re?)voir à l'affiche, son allure désabusée de celui qui a connu la gloire et la (relative) chute promenée dans un bar de grand hôtel cigare au bec avec son mélange de cordialité service minimum et de distance vis à vis de ceux qui le reconnaissent. Affres parfois drôlissimes comme dans le passage des répétitions pour la publicité où des êtres ne parlant pas la même tentent vainement de se comprendre avant d'arriver à la "bonne pose". Et où Bob espère enfin boire du vrai whisky… En nous rappelant que la célébrité ne préserve pas du spleen, Sofia Coppola enfonce une porte ouverte mais l'enfonce mieux que personne. Pas un hasard d'ailleurs que lors de la scène du karaoké, la plus belle du film, Bob se retrouve à chanter du Ferry phase Roxy terminale (ou comment convertir la mélancolie du jetsetteur en spleen universel) et du Costello (le Ray Davies pub rock qui brocardait les fashionistas de Chelsea par chanson interposée). Soit deux artistes parfaitement en phase avec son propos. Artistes auxquels on pourrait rajouter rayon ciné l'extrait de la Dolce Vita diffusé à la télévision nipponne. Soit un film ayant autant contribué à forger la notion de jet set qu'à portraiturer celle-ci de façon acerbe.

Pour ce qui est de la middle life crisis, là encore rien de neuf sous le soleil mais du déjà vu transcendé par le scénario. Les difficultés de Bob Harris à émerger au réveil, sa panique lorsqu'il n'arrive plus à maîtriser un accessoire de gymnase sont des occasions de dérision autour du vieillissement, de la fatigue qui commence à poindre le bout de son nez. Le fait que cette "crise" débouche parfois sur un désir de retomber en adolescence donne également de beaux moments comiques. Lorsqu'on voit Bob retourner son T Shirt camouflage et demander à Charlotte de lui en couper l'étiquette par exemple… Ou lorsqu'il se retrouve poursuivi par un propriétaire de pistolet factice. Cette seconde crise d'adolescence se fait sous le regard attendri de Charlotte parce qu'elle est comme lui en période de doute et de changement. En montrant que la rencontre de deux êtres en période de changement cherchant mutuellement à être rassurés est parfois en jeu dans une relation où il y a une grande différence d'âge, là encore Sofia Coppola n'invente pas la poudre mais sait la faire bien parler pour faire rire et toucher le spectateur. Pourquoi tout ce déjà vu est-il si touchant d'ailleurs? Parce que si le pitch "boy meets girl" est vieux comme le cinéma, Sofia Coppola y amène un peu de nouveauté dans son traitement comme le firent avant elles d'autres grands auteurs du cinéma contemporain. Boy meets Girl oui, mais Boy meets Girl dans un milieu d'artifice, tournant à vide sur lui-même en imprimant la marche du monde, dans un univers métallisé, aseptisé où l'argent est déréalisé et c'est le fait d'éclore au milieu de tout cela qui rend une rencontre amicale/amoureuse (le second aspect n'arrivant que tard dans le film) brève et platonique d'autant plus forte. Ce dernier point révèle une Sofia Coppola synchrone de l'air du temps de retour à la pudeur en réaction à un monde où tout est montré qui avait fait le succès de In the Mood for Love. Ce qui résume bien l'esprit du film, c'est ce dialogue où une proto-Britney Spears (qui serait en fait Cameron Diaz d'après la rumeur branchouille) en descente d'un certain "esprit californien" (la fille préoccupée seulement par son paraître et mobilisant toute son énergie vers ça) parle entre deux futilités du fait que son père ait participé à l'incident de la Baie des Cochons.

Et oui, la représentation du Japon pourrait paraître touristique. Mais après tout le Paris des comédies musicales fifties était aussi un Paris de carte postale. Et ce qui compte c'est le regard porté par les personnages sur ce cliché de carte postale, leur étonnement, leur émotion face à une prière dans un temple bouddhiste ou à une salle d'arcades... Et c'est au milieu de ce cliché de carte postale qu'apparaît une émotion amicale/amoureuse bien réelle. A ce propos, voir dans le film un commentaire sur "l'incommunicabilité et la difficulté à tomber amoureux dans notre société de consommation" n'est peut-être pas l'angle d'attaque idéal pour parler du film parce que cela d'autres auteurs du cinéma contemporain l'ont déjà dit et que cela conduirait à considérer le film comme lourd et démonstratif. Le film utilise certes souvent le déjà vu : la solitude dans une mégalopole d'Asie, grosse lame de fond du cinéma d'auteur des années 90 rayon Extrême Orient, la confrontation entre deux cultures qui ne se comprennent pas. Mais il le tord pour susciter des émotions : la solitude qui est celle de touristes étrangers fait déboucher le film vers la comédie romantique classique à l'américaine et la barrière de la langue devient prétexte à gags. Comme si en croisant les clichés Sofia Coppola amenait un peu de neuf sous le soleil de ce genre trop souvent basé sur des recettes usées du côté d'Hollywood comme de l'Asie qu'est la comédie romantique.

Sauf que si le film est une jolie réussite de ce début d'année, il n'est pourtant pas le chef d’œuvre claironné ici et là par une bonne partie de la planète cinéphile. Outre qu’on a déjà dit pourquoi le film pouvait risquer de mal vieillir, il n’est pas vraiment parfait. Outre son scénario, la grande qualité du film est le jeu très nuancé de ses acteurs. Si on savait déjà Bill Murray doté d'arguments de ce côté-là Scarlett Johanson ne fait pas pâle figure de ce point de vue loin de là... La mise en scène est elle très inspirée lorsqu’elle tente de communiquer la sensation de jet lag. Et lorsque la caméra se pose, on retrouve le sens des effets de mise en scène discrets (parfois dans l'usage de la focale) ainsi que cette manière très particulière qu'a la cinéaste de placer sa caméra dans le cadre. Le montage est irréprochable, découpant certaines scènes de façon imprévue pour mieux coller au ressenti des personnages. La photo est quant à elle d'un beau bleu se fondant dans le décor, dans l'atmosphère tokyoïte. Sans que tout ceci soit sans scories. Les travellings sur les enseignes tokyoïtes, l'usage des caméras à l'épaule dans un contexte de mégalopole asiatique porteuse de solitude amoureuse, tout cela sombre par moments dans le cliché visuel du cinéma d'auteur asiatique des années 90. Les effets de caméra à l'épaule font eux trop souvent reportage de journal télévisé –dans la scène du karaoké notamment-. A sa décharge, elle dit avoir tourné certaines scènes du film sans autorisation ce qui peut expliquer en partie ces défauts-là. Sofia Coppola se met alors à la frontière de la banalité formelle mais lorsque ces effets sont bien utilisés ils se mettent à transpirer le regard plein d'empathie d'une cinéaste pour ses personnages et pour ce Tokyo de carte postale. On la remercie alors d'aller à l'opposé du bluff et de la virtuosité pour émouvoir. En somme d'exprimer un vrai désir de filmer plutôt qu'un désir d'impressionner le spectateur. On sera en revanche moins indulgent avec un plan large de Scarlett Johanson surlignant lourdement sa solitude sentant l'Antonioni mal digéré. Scories compensées par des petits moments de grâce improvisés et des choix musicaux très mode (une vraie compilation des Inrocks) mais utilisés de façon judicieuse. My Bloody Valentine sur un travelling tokyoïte par exemple. Ou le Jesus and Mary Chain qui fait emporter le morceau aux adieux de la fin tout en regrets. Enfin, les passages chantés (faux) -Nobody does it Better à l'hôtel, le beau quatuor Sex Pistols/Costello/Pretenders/Roxy Music dans la scène karaoké- donnent lieu aux moments les plus émouvants du film. D’où un beau film, mille fois mieux, que les comédies romantiques jetables en provenance de Hong Kong, de Corée ou d'Hollywood. Et qui a le genre de fraicheur lui donnant une allure et un charme de premier film. Mais on est loin de la perfection des sommets du genre signés Mac Carey et Lubitsch.

D’où au final un film qui n’est pas un chef d’œuvre mais demeure une très bonne comédie romantique. Voire même un classique contemporain du genre. Pour le reste, le film maintient Sofia Coppola comme une révélation éclatante du cinéma américain de ces dernières années. A-t-elle tué le père ? Non, elle est juste à ce stade une héritière talentueuse. Elle est déjà une cinéaste prometteuse à qui il reste désormais à ajouter ses chefs d’œuvres à ceux de son père.



10 janvier 2004
par Ordell Robbie


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