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Love and Honor

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Xavier Chanoine 4 Beauté tranquille et force de caractère
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Beauté tranquille et force de caractère

Love and Honor c’est la force tranquille des grands auteurs. La patte d’un papi qui n’arrête pas de peaufiner son style année après année, donnant une belle définition au terme « cinéma classique » ou empreint d’influences classiques formelles et thématiques à l’époque d’une cinématographie nippone en crise d’après les spécialistes. Résultat, ça ne peut pas faire de mal par où ça passe, qu’importe la teneur trop « classique » du film avec son samouraï devenu aveugle après avoir testé un plat de poisson empoisonné et qui se retrouve trahis par sa femme, bousculée par les pressions familiales. Yamada Yoji explore donc la tristesse de ce personnage au départ renfermé sur lui-même, incapable de se sentir utile aux yeux du monde tout en remettant en cause son statut d’être vivant. Le fait que son serviteur ait caché son katana pour prévoir une éventuelle tentative de suicide le sépare de l’objet fétiche, le prolongement de l’âme dit-il. Le cinéaste évoque aussi l’opportunisme des hauts placés à s’attaquer aux personnes sans statut, dans le trouble, poussées par une famille qui se fiche de l’être lié par le sang. Belle démonstration de la dévotion d’un vieillard pour le maître qu’il sert depuis sa tendre enfance. Love and Honor porte bien son nom, Yamada exprime l’amour fort de Shinnojo pour sa femme malgré les épreuves et sa cécité totale qui le déshonore (quid d’un samouraï aveugle dans la société ?).

La force des grands maîtres d’aujourd’hui se ressent dans cette « force tranquille », cette capacité à prouver qu’ils peuvent faire de grandes choses avec un scénario classique et une forme qui épouserait à merveille la singularité absolue de l’univers du Japon féodal, fascinant et mystérieux, où l’honneur prévaut sur l’amour et les racines. La séquence où Shinnojo décide de rompre ses liens avec Kayo est une petite merveille de tension créée par la mise en scène (placement de caméra, plan rapproché sur le visage tétanisé de la jeune femme) et par la finesse des dialogues. Plutôt que de lui trancher la tête, il la jette dehors par une nuit noire. Le personnage parfaitement interprété par Kimura Takuya est génial de rage intérieure et de non-résignation, épreuve qu’un samouraï se doit d’affronter après un passage à vide l’empêchant de voir la vérité en face, une vérité cachée sous les traits de l’adversaire et de la relation nouvellement entretenue par sa femme avec un Seigneur bien désireux de l’aider en échange de services corporels. Pour prouver qu’il reste honorable et fier de sa dimension de samouraï malgré la cécité, Shinnojo affrontera en duel le profiteur après un début d’entrainement entamé avec un maître en sabres interprété par le regretté Ogata Ken, vieillissant mais d’une beauté inaltérable. La séquence de l’affrontement respecte les codes du chambara classique avec sa lenteur et sa contemplation mystique, où les deux adversaires se jaugent littéralement corps à corps en exécutant de manière bien spécifique les mouvements qui entraîneront la mort, devant la caméra toujours parfaitement placée du chef opérateur de Yamada. Là aussi un autre sommet de tension avec un sens du découpage admirable.

Love and Honor reste donc au final un film classique dans tous les sens, mais la définition du classicisme ici n’a rien de péjoratif ou de négatif. Mieux encore, avec une maîtrise hallucinante du cadre, une interprétation sobre et émouvante et un sens de la narration peu commode (se reporter à Kabei pour montrer combien Yamada sait raconter des histoires), le film parvient même à susciter une drôle de curiosité avec toute une première partie évoquant les samouraïs « goûteurs », personnages que trop peu représentés au cinéma. Le sens de la retenue et de l’ellipse, comme cette émouvante séquence d’harakiri en début de métrage, confèrent à Love and Honor une dimension de « grand » petit film : il pourrait y en avoir d’autres des comme ça (surtout au vu de l’œuvre du romancier Fujisawa Shuhei), pourtant subsiste ici le sentiment d’avoir passé deux heures devant un grand film tombé au milieu de nulle part et évitant toute prise de risque. Il est d’ailleurs assez grave de voir à quelle époque il faut retourner pour retrouver ce même sentiment de grand classicisme formel : celle d’un âge d’or où ce que l’on faisait à l’époque était quand même vachement bien. Yamada Yoji est l’un des derniers cinéastes nippons à le faire valoir encore aujourd’hui.



11 février 2009
par Xavier Chanoine


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