| Carth | 3 | Pas la claque annoncée, mais une vraie comédie jubilatoire |
| Gillesc | 3 | Amusant |
Fort d'un vrai petit buzz sur internet, The Machine Girl a fait parler de lui par l'intermédiaire d'annonces grandiloquentes et de teasers en veux tu en voilà, logique au vu des premiers échos qui ont annoncé un film particulièrement gore et déjanté. Sans doute aussi que le film a pris de l'ampleur, avant sa sortie, grâce à la motivation d'amateurs de cinéma gore en manque de sensation côté Japon. Pourtant, il y a de quoi avoir de sacrés doutes sur la qualité intrinsèque de l'oeuvre : Iguchi Noboru à la réalisation, casting 1 étoile, manque de moyens évidents. Attention, combien de films fauchés ont réussi à faire le tour de la planète cinéma gore? Des tas, surtout lorsqu'ils proposent un contenu soit distrayant soit résolument marquant. Le cinéma gore a eu son heure de gloire durant les années 80 avec la montée en puissance de maîtres transalpins et américains, pour tomber dans les années 90 dans la mode du film de genre gratos et bien crade, on pense à des cinéastes comme Andreas Schnass ou Ittenbach rayon Allemagne. Heureusement, rayon gore Peter Jackson confirmait ses bons débuts avec une seconde réussite du cinéma gore et sans doute l'un de ses meilleurs représentants (si ce n'est le meilleur) avec le mythique Braindead, véritable pape du gore et petit bijou cinématographique. Rayon Japon, on est plutôt habitués aux bobines dégueulasses franchement glauques, et ce Machine Girl compte bien changer la donne en proposant un contenu incroyablement distrayant et second degré (là où les films de genre premier degré dérangeaient plus qu'autre chose), véritable bouffée d'air frais dans une industrie trop morose pour laisser un souvenir dans la tête des amateurs de tripaille. Et Iguchi Noboru, qu'importe s'il n'est pas franchement l'homme de la situation pour rassurer un temps soit peu un public très exigeant, prouve qu'avec de bonnes idées et des ambitions franchement callées sur celles de Planet Terror de Rodriguez, le résultat peut être concluant sans pour autant dépasser les espérances. Car autant être clair dès maintenant, The Machine Girl est sans doute l'un des films les plus gores du cinéma japonais, mais il s'avère être à des années lumières d'un Braindead ou d'un Premutos, deux oeuvres profondément différentes mais qui se rejoignent sur un même point, le gore à revendre.
Le manque évident de moyens et de bons maquilleurs (tout le monde n'est pas Savini, De Rossi ou McCarron) se ressent sur le papier et le film n'a de gore que ses incroyables geysers de sang, le reste étant très souvent traité numériquement sans la moindre originalité ou cachet qu'ont les films bricolés au latex et au coulis de tomate, d'où ce manque évident d'âme et d'intensité rayon boucherie. En revanche, force est de constater que le film est habité par une incroyable hystérie et un esprit second degré qui lui donne tout le tonus nécessaire pour rivaliser sans aucun souci avec les productions signées Miike ou Kitamura. Osons la comparaison, ce Machine Girl semble bien plus sincère que les films les plus tordus des cinéastes nippons précédemment cités, sans doute parce que l'esprit "film de pote" est perceptible toutes les cinq minutes, cette envie de pousser l'oeuvre gore par excellence au rang de comédie jubilatoire étalant les séquences les plus insolites avec une insolente maîtrise. Il y'a en premier lieu les séquences gores, principale motivation pour les amateurs de chair fraîche, mais aussi cette approche parodique du film niais que l'on retrouve à certains moments clés du film, comme pour contraster de manière féroce avec les passages les plus barbares : les parties de basket entre copines, la relation pleine de tendresse et de niaiserie entre notre héroïne Ami et son frère sont autant de moments hallucinants de ringardise que de jubilation. L'esprit volontairement caricatural de l'oeuvre inflige un joli direct du droit aux films de yakuzas poussant la caricature vers des sommets peu explorés rayon film de pote : la dégaine du parrain du clan Hanzo, la maîtresse de maison à la beauté fatale et à la paire de seins rotatifs, le jeune fils du parrain ingurgitant des litres de sang sortant du bras de son père histoire de lier à jamais leur âme, les excès lors des punitions où le classique doigt coupé se verrait remplacé par la main entière dont les doigts seraient dégustés comme des sushi. Dans cette perspective, le film n'est pas non plus avare en moments encore plus drôles notamment lorsque Ami rend visite à la famille du caïd responsable de la mort de son frère. Au programme, bataille rangée entre les parents et Ami où club de golf et friture font bon ménage dans un pur soucis de parodie assumée. Et ce qui fait la force de Machine Girl, c'est sa sincérité et son envie de faire d'un simple film de revenge une comédie décalée très souvent sous référence, là où les films les plus déjantés de Miike étaient freinés par l'influence même du regard de son auteur.
A plusieurs moments on trouve une parenté avec le Planet Terror de Grindhouse, dans son envie de rendre hommage à la série B gore où une arme remplacerait un membre perdu sous la torture. Le bras perdu de Ami ne fait que rajouter une couche dans la motivation d'en découdre avec les bourreaux de son frère et apporte l'air de rien, comme ça, un léger goût de sadisme exacerbé : la séquence du yakuza cloué au visage est un des nombreux exemples, bien aidé par une ribambelle de dialogues dans le pur esprit de jubilation voulu par le cinéaste "Tu m'as cloué! Utiliser un clou n'est pas juste! - Arrête de te plaindre!" et la culture nippone pop est parfois mise sur le carreau avec plans coquins et voulus sur la culotte de Ami. Si les combats entre les ninjas ou les parents d'enfants assassinés apportent un semblant de variété, ils arrivent à être rapidement lassants. Effectivement The Machine Girl trouve rapidement ses limites du fait de mises à mort très souvent similaires, là où un Braindead passait à la tondeuse et un Premutos au tank ! Dans la seconde partie du film, Ami joue trop souvent -mal- du rail gun au détriment d'armes blanches, d'où cette répétitivité croissante au fur et à mesure que le film avance. Il faut reconnaître que le film vit par sa mise en scène secouée et son montage cut, masquant le manque de budget dans l'exécution souvent sommaire des séquences gores. On trouve bien de temps en temps quelques inspirations, comme ce père de famille shampooiné par le sang de son fils ou sa femme vomissant tripes et boyaux après avoir reçu un coup de slash dans la nuque. Tout un programme que ce Machine Girl, parfois freiné dans son entreprise de dépeçage par des séquences mélos qui poussent une nouvelle fois la caricature assez loin. Dommage que le film, succession de scènes gores et de passages irrésistibles, n'atteigne pas et n'atteindra jamais le statut de grand film gore marquant du fait d'un scénario bâclé avec un plan final proprement honteux et une direction d'acteurs carrément absente malgré le joli minois des actrices. Mais malgré tout, cette bobine jouissive risque de remporter des suffrages auprès du public local, et ne restera qu'un énième film gore regardable par un cercle d'amateurs qui ont déjà vu bien plus marquant ailleurs et surtout, avant.