ma note
-/5

moyenne
3.78/5

Oldboy

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les avis de Cinemasie

12 critiques: 3.15/5

vos avis

83 critiques: 3.97/5



Arnaud Mirloup 3.75 Surenchère cyclopéenne
Carth 4.25 D'une incroyable maîtrise
drélium 2.75 Comme son réal. Aussi gonflé que gonflant.
El Topo 1
Ghost Dog 4.75 Pas d’effet sans causes
Gillesc 4.5 Je m'en doutais, maintenant j'en suis sûr ; Park Chan Wook est un des plus gran...
jeffy 4.5 Et vlan, prenez vous ça !
Junta 1.75 Et pourtant...
Marc G. 1.25 Début intéressent mais caviardé par un fond plus que suspect
Ordell Robbie 0.5 Le temps détruit tout...
Tenebres83 5
Yann K 3.75 Machine de guerre baroque mais trop vaine
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Surenchère cyclopéenne

Un humour noir extrême et une ironie inconcevable repoussent à ce point les limites du cynisme qu'on en arrive à découvrir un film à la fois burlesque, sérieux et grotesque. Quelque chose d'innommable ressort du métrage, et que cela ait été souhaité ou non un malaise est palpable tout du long. L'indicible entoure cette histoire et ces personnages par-delà l'ultime twist et bien après le générique de fin. Certaines révélations sont à ce point odieuses qu'elles en deviennent humainement impossibles à assimiler par notre esprit. Ou comment ouvrir les portes de la folie et s'en créer volontairement une autre, vitale, dans les intarissables contrées du rêves, afin de préserver notre santé mentale. La provocation se transforme en pacte avec Yog-Sothoth : mettre en scène une telle histoire relève de la folie pure.

Un beau jour, on découvrira dans les journaux que Tarantino, Miike et Park Chan-Wook violaient des truies ensemble pour mieux étriper leurs futures progénitures, dans la tristesse et la mauvaise humeur, bouffant cette masse de chair en ricanant devant une caméra complice de leurs snuffs borderline. "De l'assimilation du viol". Vertigineux.



02 juin 2004
par Arnaud Mirloup




D'une incroyable maîtrise

Il faut en avoir du cran pour pourrir 15 ans dans une petite pièce sans vraiment comprendre pourquoi. Dae-su en a fait les frais. Alors qu'il mène une petite vie paisible en compagnie de sa femme et sa fille, ce dernier se fait embarquer pour des raisons inconnues, embarqué pour 15 ans dans une cellule spéciale logée en haut d'un gratte-ciel. Qui en est responsable? Mais surtout, pourquoi? Pourquoi lui?

Lors de mon premier visionnage qui remonte à plus d'un an, je n'avais pas aimé. Pourquoi? Peut-être parce que le style de Park Chan-Wook me paraissait trop aléatoire, comme si il filmait le quotidien d'un type enragé, écumant les restaurants de raviolis à la recherche du moindre indice pouvant le mener à son ravisseur. Peut-être n'avais-je pas aimé parce que je ne me sentais jamais vraiment impliqué dans cette histoire de vengeance; après tout la vengeance est un acte comme un autre, à divers degrés de violence. Ici la vengeance fait particulièrement mal, et les protagonistes vont s'en rendre compte rapidement. De plus, l'oeuvre primée à Cannes me paraissait réellement pénible à suivre, au rythme souvent inquiétant. Un an passe, je décide de revoir ce fameux Old Boy dans de bonnes conditions étant maintenant habitué au style de Chan-Wook depuis Sympathy for Mr Vengeance, JSA et son extraordinaire Lady Vengeance, et j'avoue avoir pris un pieds monumental. Deux visions ne sont donc pas de trop pour apprécier pleinement Old Boy à sa juste valeur malgré un fond parfois douteux.

ll y a ce véritable travail de recherche sur la psychologie des personnages, tous plus barrés les uns que les autres en particulier Choi Min-Sik qui trouve là l'unes de ses plus hallucinantes prestations dans la peau d'un homme désabusé qui ne jure plus que par la vengeance la plus primitive. Il y a cette jeune femme, Kang Hye-Jeong, admirable d'ambiguïté et de beauté, mais aussi le génial Yoo Ji-Tae particulièrement cinglé et ricanant de la tristesse des autres que l'on verra entre autre dans le renversant Antarctic Journal, Lady Vengeance et le très beau La femme est l'avenir de l'homme. N'oublions pas le très étrange Kim Byeong-Ok au visage particulier, que l'on verra aussi dans Lady Vengeance, campant un rôle de pasteur douteux. Toute cette joyeuse bande a son mot à dire dans Old Boy et semblent pratiquement tous être logés à la même enseigne (sauf peut-être Byeong-Ok qui fait uniquement office de pantin muet).

Mais ce qui retient l'attention, c'est ce climax désenchanté particulièrement nihiliste. On ne rigole pas dans l'oeuvre de Park Chan-Wook, rien ou presque rien ne prête à sourire, tout juste l'on rie devant les effets de style souvent très originaux (Dae-Su qui brandit un marteau devant son ravisseur avec la trajectoire dessinée en pointillés) ou devant certaines séquences à l'humour typiquement Coréen (l'introduction ou encore la scène du poulpe dévoré vivant). On rie mais l'ensemble accentue encore plus la détresse des personnages. Car toutes ces scènes ont un sens, beaucoup caractérisent le cinéma de Park Chan-Wook de particulièrement déviant et mis en scène avec absurdité, abusant d'effets de styles. Ils n'ont pas totalement tord, simplement en ce qui me concerne je suis réceptif à ce genre de cinéma, fait avant tout pour nous faire rêver, délirer et prendre un pieds monstre devant ce que l'on peut appeler un film cohérent. Tout tient pratiquement debout du début à la fin malgré un fond parfois limite. Mais le cinéaste l'a déjà précisé, ses réalisations dites violentes ne sont que remèdes à la violence en elle-même, véritable vaccin pour nous faire mal, nous dégoûter de tout ceci.

Avec du recul on pardonnera un rythme assez mal contrôlé et vingt dernières minutes qui semblent interminables malgré les saisissantes révélations faites à Dae-Su. Rarement la tension n'aura été aussi incroyable, on en aurait presque de la peine pour ce pauvre homme complètement abattu parce qu'il vient d'apprendre par l'intermédiaire d'un bouquin retraçant sa vie. Un twist aussi couillu que mal venu tant il peut sembler suspect et de mauvais goût, mais encore une fois cela fait partit de l'esprit Old Boy, film coup de poing et hallucinante plongée vers la vengeance réduit à son plus simple statut : faire mal. Les coups font mal, le marteau peut être un outil vraiment dangereux si l'on sait s'en servir à bon escient comme le prouve cet incroyable plan séquence filmé en travelling, techniquement absolument parfait. Mais la parole et la manipulation peut être encore plus dure que les coups, c'est là toute la force d'Old Boy résidant dans son alchimie quasi parfaite entre la violence physique et morale. D'où une seconde vision nécessaire en ce qui me concerne. Un thriller impressionnant aussi bien dans le fond et la forme (bien que je préfère les couleurs saturées de sa suite Lady Vengeance), qu'il est bon de voir plusieurs fois pour l'apprécier à sa juste valeur.

Esthétique : 4.75/5 - Mise en scène carrément affolante mais qui ne plaira pas à tout le monde. Il y a un vrai style. Musique : 4.75/5 - Sidérante de variété. Accords sombres et mélancoliques. Celle qui intervient lors du grand plan séquence est admirable. Interprétation : 4.5/5 - Des personnages tout droit sortis de l'enfer. Quelle noirceur! Scénario : 3.5/5 - Un film de vengeance classique dans le fond, rehaussé par un twist final monstrueux.



12 novembre 2006
par Carth




Comme son réal. Aussi gonflé que gonflant.

Voilà un film qui divise radicalement les avis en deux, d'un côté, la merveille, la révolution du film de genre, de l'autre, l'esbrouffe, le flan et l'impossibilité pour Park Chan Wook de justifier autant de noirceur et de sadisme avec un scénario si étriqué. Certe plus abouti que Sympathy for mr Vengeance, il n'y aura ni portage au culte, ni descente en flammes pour ma part, puisque le très maîtrisé et le très surfait se côtoient avec un rare équilibre dans Old Boy. Esthétiquement, le travail est très poussé, la mise en scène se veut (sur)stylisée et colle à l'ambiance glauque mais déjà beaucoup d'effets semblent débités de façon scolaire, trop propres sur eux pour transmettre un véritable parti pris. Les acteurs quant à eux sont souvent remarquables (Choi Min Sik se déchire encore une fois) et portent un scénario qui tente d'atteindre non sans effet choc les cimes de l'inoubliable.... Mais non, ça ne passe pas. Comme dans Sympathy, c'est plutôt le sadisme, le nihilisme, le pessimisme et le choc gratuit d'un Miike ou même d'un Kitano qui semblent bien être le plus important à Park Chan Wook alors que le reste est délaissé, dédaigné, snobé même, mis au second plan tant le monsieur est trop sûre de son effet, trop confiant avec sa seule et unique révélation qu'il a à pondre en deux heures. Le genre de film qui se gargarise d'un twist bien balèze mais qui ne parvient pas à transmettre le plus important, l'émotion brute et non la forte impression (cf Ring, Dark Water et pas mal de Shyamalan aussi, ;), ...). Park Chan Wook a beau vouloir remuer le bulbe, les tripes et les mirettes, rien ne véhicule l'émotion salvatrice. Le coeur reste insensible non sans raison. La scène où Choi Min Sik rampe aux pieds de son tortionaire est une sorte d'apothéose du sadisme gratuit. Et même si le sujet est extrêmement fort et sensible, au final il ne reste qu'un goût amer. La première partie pause habilement l'ambiance mais reste désespérément lourde et inutilement développée, accompagnée d'une voix off pénible et envahissante. Ah oui, c'est pour bien nous faire sentir le mystère et l'enfermement de 15 ans... Le sentiment est plutôt la désagréable* attente de la suite qui sucure : "attendez, y a un twist de folie, c'est un truc de dingue !"

c'est ça ouais, ben quand ce sera moins vain tu me rappelles. Le coup est bien tenté mais l'odeur de provoc' facile reste la plus forte. Choquer pour retenir l'attention, Park n'a-t-il pas autre chose dans sa besace... N'est pas Peckinpah qui veut. Bon, mais sinon, faut le voir, c'est quand même du Park Chan Wook et son plus abouti, donc c'est gonflé... Mais aussi gonflant.

Quant au prochain remake américain avec Nicolas Cage, j'en rigole d'avance.

* Sentiment que le réalisateur a un vrai talent à faire passer, il faut le reconnaître.

01 février 2005
par drélium




Pas d’effet sans causes

Oldboy est un véritable tourbillon d’images, de musique, de références et de scènes cultes, un tourbillon dans lequel on se laisse entraîner de manière irréversible avec un absolu plaisir, ou que l’on observe d’un œil distant et sceptique sans être pris au jeu le moins du monde. J’ai pour ma part été emporté par le tourbillon de cette intrigue diabolique qui commence comme du Kafka, se continue comme un pur film de vengeance (telle une bête, Choi Min Sik cherche l’auteur et la raison de son enfermement 15 ans durant), avant qu’une deuxième histoire de vengeance vienne s’y imbriquer et ne finisse par avaler la première. Fusion géniale entre la puissance de narration du très bon JSA et la brutalité gratuite de l’exécrable Sympathy for Mr Vengence, Oldoy multiplie les références à des classiques du cinéma de genre tout en les intégrant à son univers particulier et en leur donnant un sens différent : chez Park Chan-Wook, certaines scènes chocs mémorables du 7ème art sont détournées de telle sorte qu’elles aient l’air tout à fait banales : la repentance de Keitel dans Bad Lieutenant reprise dans la scène finale, qui en temps normal aurait ému, est ici accueillie avec un grand éclat de rire par l’ennemi ; l’arrachage des dents de Marathon Man et la main sectionnée dans un paquet cadeau tout droit tirée de Seven sont releguées au rang de vastes blagues, puisque l’homme mutilé rit encore de toutes ses couronnes en or et trouve son crochet très pratique… Le choc ne vient donc pas d’où on l’attend : lorsque Choi Min Sik découvre l’histoire de sa vie dans un livre tiré du même paquet cadeau macabre, on est beaucoup plus éprouvé que lorsqu’il avale à pleine bouche un poulpe vivant, le regard plein de haine et de détermination.

Si Oldboy est probablement l’un des films les plus jubilatoires de l’année au niveau visuel, il n’oublie pas non plus de creuser quelques thèmes riches et plutôt inattendus : la vengeance bien sûr, mais aussi l’importance de la Parole, ainsi que la notion de Bien et de Mal considérée dans toute sa complexité : peut-on se prétendre « Bon » alors que le Bien et le Mal s’affronte à chaque seconde de la vie, et qu’il est si facile de déraper sans en mesurer les conséquences néfastes ? Résultat : une excellente surprise qui justifie parfaitement le Grand Prix du Jury qui lui a été décerné.



21 octobre 2004
par Ghost Dog




Je m'en doutais, maintenant j'en suis sûr ; Park Chan Wook est un des plus grands.

C'est pas rien ; ce qui est récompensé par ce film, c'est la volonté des coréens à vouloir faire du cinéma dans la cour des grand ; mettre des effets spéciaux et des mises en scènes adéquates, pour faire passer un message, une ambiance. Ce film, récompensé par le grand prix du jury, va encore donner des ailes à une industrie de plus en plus prolifique. Il est évident que tous les films coréens ne jouissent pas d'une réalisation aussi poussée dans la recherche de la perfection, mais ça prouve une fois de plus que Park Chan Wook est un metteur en scène qui en veut. Fort de ses deux succès précédents, il frappe une fois de plus un grand coup avec ce thriller psychologique.


A la vue des previews sur ce film, je m'attendais à un film retombant dans le style glacial de Sympathy for Mr. Vengeance, que j'avais déjà adoré, mais en fait pas du tout ; Oldboy est plus sombre, plus psychologique et plus rapide que le précédent. En effet tout s'enchaîne assez rapidement et la descente aux enfers se fait en chute libre jusqu'au bout. Le scénario nous embarque sans tarder dans son labyrinthe sans jamais nous lâcher en nous faisant découvrir les différentes étapes de ce drame, avec le désespoir se transformant en volonté de vengeance.


A cela quoi de plus normal que de donner le rôle principal à l'acteur fabuleux de Failan, CHOI Min-Sik, encore merveilleux ici, secondé par YOO Ji-Tae, pareil à lui-même et KANG Hye-Jong, magnifique dans son mystère jusqu'à la fin. La musique est merveilleusement choisie, alternant rythmes rapides et musique classique pour faire succéder les scènes d'action aux scènes dramatiques.


Vraiment ce n'est pas le film de l'année, mais la mise en scène est splendide et Park Chan Wook confirme son talent sur ce drame.



25 mai 2004
par Gillesc




Et vlan, prenez vous ça !

Monstrueux, c'est peut-être le premier qualificatif qui me viendrait en tête pour ce film. Et plus que quelques scènes choc, au-delà de la construction habile du scénario, ou de tel autre aspect, c'est l'univers engendré qui est proprement monstrueux, impressionnant d'homogénéité. Tous les aspects du film participent à cette atmosphère, l'interprétation quasi hallucinée de Choi Min-Sik, la photographie qui joue plus sur l'intensité que sur les couleurs, la bande son, le jeu sur la temporalité avec ses histoires parallèles, tout contribue à faire d'Oldboy un film intransigeant dans sa présentation, se suffisant à lui-même et qui ne cherche pas à se justifier d'être ce qu'il est. La maîtrise de Park Chan-Wuk est de faire intervenir tous les éléments à une place qui ne devient leur qu'avec un certain décalage, le puzzle se construisant en nous laissant présentir l'importance des différents éléments, mais en laissant leur potentialité se développer dans la durée. Et cela s'applique aussi bien au contenu scénaristique qu'aux éléments constitutifs comme les thèmes musicaux ou les décors. Le meilleur Park Chan-Wuk a ce jour et donc nécessairement un très grand film.

06 juin 2004
par jeffy




Et pourtant...

Et pourtant je voulais l’aimer ce film.
Et pourtant il avait une excellente réputation et Tarantino (que j’adore) l'avait adoré.
Et pourtant la photo, la direction d’acteur ainsi que certaines scènes sont très bonnes.
Et pourtant le 1er tiers du film est vraiment intrigant.
Et pourtant l’acteur principal est bon.

Malheureusement tout ceci n’est que de l’esbroufe.
Malheureusement plus il y a de révélations, plus le film s’engouffre dans le médiocre.
Malheureusement le tout se veut choquant alors qu’il n’y a rien de tel et qu’au final ça en devient prétentieux.
Et malheureusement la scène où CHOI Min-Sik fait le chien devrait être grande (car l’acteur l’est), elle s’en trouve pitoyable du fait du contexte et qu'on se fout éperdument de ce qui peut lui arriver.

Vous l’aurez facilement compris je n’ai pas du tout aimé Oldboy, le problème provient autant de l’inconsistance du scénario que du fait que le film veut être ce qu’il n’est pas, un film intelligent sur la vengeance. C’est l’exemple parfait que l’excellence technique ne peut rattraper un scénario complètement creux et crétin, un certain maux du cinéma coréen contemporain visiblement (d’après ce que j’en ai vu).
De plus Oldboy est un film qui vieillit très mal dans le temps, plus on y pense et moins on l’aime et comme on doit tout le temps expliquer pourquoi on ne l’aime pas et bien on ne souvient que des aspects négatifs…



31 octobre 2004
par Junta




Le temps détruit tout...

Avec Oldboy, Park Chan Wook continue à vouloir se poser comme le maître de la série B visuellement inventive, narrativement virtuose avec réflexion sur la nature humaine en option sans avoir les moyens de ses ambitions. Gâchant de nouveau un pitch des plus prometteurs, il confirme que les travers de son Sympathy for Mr Vengeancen'étaient nullement accidentels et les amplifie même. Utilisant à outrance les procédés esbroufants les plus récurrents du cinéma contemporain, il fait d'Oldboy une oeuvre emblématique des pires travers du cinéma de ces 15 dernières années.

Dans la première moitié du film, la façon dont une voix off trop envahissante assène toute une série d'aphorismes censés offrir un constat profond sur la société contemporaine évoque ainsi les travers de ce Fight Club à la rébellion toc. Mais la philosophie de comptoir que ces aphorismes (moins présents dans la seconde moitié du film) renferment n'a elle rien à envier au fameux «temps qui détruit tout» de Gaspard Noé. On apprend ainsi qu'une pierre et un grain de sable coulent tous deux de la même façon. Ou que (humanisme de supermarché) même si on est une bête on a le droit de vivre. Quant au fait qu'à l'intérieur de la vie se trouve une prison plus grande, elle fait existentialisme version méthode Assimil. Chose qu'on pourrait aussi dire du fait que si on rit le monde rira avec nous mais que par contre si on pleure on pleurera tout seul. Un peu comme cet US postal raillé à juste titre par Orson Welles, Oldboy a donc un "message" à faire passer : une caricature de la pensée existentialiste. Et à l'instar de Dogville, ce propos simpliste va servir d'excuse pour faire des personnages du film les pantins de cette «vision» du monde. Qu'Oh Daesu ne soit durant une bonne partie du film que l'obsession de la vengeance, on pourrait le mettre sur le compte des codes du revenge movie. Mais lorsque le scénario l'investit sporadiquement d'une envie de rédemption ou veut lui démontrer le poids du passé on est plus proche de l'effet "pantin" mentionné que de la façon dont l'héroine de Lady Snowblood laisse échapper sur sa route des bribes d'humanité. La psychologie de celui qui l'a emprisonné est tout aussi simpliste: il n'est dans le film qu'un cours de philosophie vivant sur l'absurdité de la vie, le poids du passé, la fatalité du destin, le poids de la parole... Il n'est qu'une accumulation de concepts philosophiques mal digérés et pas un être en chair et en os. Le personnage féminin fait quant à lui passer Chang Cheh pour un maître dans la construction de personnages féminins. On attendait mieux de ce point de vue d'un film aux prétentions de densité romanesque et de tragédie shakespearienne bigger than life. En voulant amener une prétendue profondeur à un pitch de revenge movie, Oldboy n'aboutit ainsi qu'à une caricature de cinéma d'auteur.

Oldboy, c'est aussi un film qui fait parler de lui pour ses "scènes choc" soi disant ultraviolentes. Alors qu'elles se résument à de la citation de déjà vu ailleurs avec usage léger comme un tank du hors champ pour produire de l'effet choc : l'arrachage de dents de Marathon Man, la coupure de langue de Ichi the Killer. Concernant la fameuse dégustation de poulpe vivant, il s'agit d'une fausse scène choc. Cette coutume est en effet très courante en Corée du Sud et n'y choquera personne. Fausse comme un film où tout est toc d'ailleurs. Reste que toutes ces scènes-là révèlent les limites actuelles du talent de Park Chan-Wook. Tout simplement parce qu'elles illustrent ce que le cinéaste fait de diverses manières le long du film: tenter de produire un effet choc maximal dans les scènes violentes tout en ayant en même temps recours à des effets comiques (idées de scénario et de mise en scène, commentaires de la voix off...) le désamorçant. Et ce si coréen mélange des deux extrêmes ne prend jamais. Ni le scénario ni la mise en scène n'arrivent d'ailleurs à bien négocier les ruptures de tons brutales qu'implique le scénario du film et son mélange des genres (film romantique, film d'action, thriller...). Que Park Chan Wook tente de faire de la manipulation de petit malin avec son scénario, c'est une chose. Tout le long d'Oldboy, il surutilise le twist, procédé gadget du cinéma contemporain à l'efficacité périmée après première vision. Sauf que le scénario n'est même pas abouti en tant que manipulation. Tout d'abord parce que certains de ses twists ont déjà été usés à outrance par le cinéma contemporain : SPOILERS l'idée que «ce n'est qu'un jeu» de the Game, celle de la schizophrénie qui expliquerait les actes du héros de Fight Club... FIN SPOILERS Et quand ce n'est pas le cas ils font dans le laborieux : la façon dont le scénario s'emmêle les pinceaux sur la fin pour révéler le pourquoi de tout ce qui a précédé rend ainsi bancale la structure d'ensemble d'un film se voulant manipulateur. Sans parler du coup de théâtre final en lui-même en forme de «tout ça pour ça». La structure narrative appartient donc finalement à une des formes contemporaines de l'académisme : celui qui reprend tics, principes narratifs et de mise en scène à la mode.

Le laborieux, on le retrouve également dans le recours à des références "cultes" qui parsèment chaque plan du film. Outre les références déjà citées plus haut, on trouve ainsi entre autres des passages d'Oh Daesu hurlant tout droit repris de Lost Highway, un toit d'immeuble à la Tsukamoto, un face à face final dans le lounge en haut d'une tour rappelant Fight Club, des voyous grotesques évoquant ceux d'Orange Mécanique, un masque à gaz rappelant Jin Roh, SPOILERS une main dans une boite rappelant le final de Seven, une issue finale faisant penser à Seul contre tous... FIN SPOILERS Sauf qu'aucun projet de cinéma cohérent ne se construit par rapport à ces références: le rapport du film à celles-çi hésite entre reprise pour en détourner totalement le sens, reprise à l'identique de leur contenu thématique privé du contexte culturel dans laquelle ce dernier a un sens et simple reprise d'un élément visuel. Pour le premier, on peut citer la coupure de langue miikienne détournée maladroitement en démonstration sur la rédemption. Pour le second, on mentionnera la sortie de prison sur le toit de l'immeuble où le désir vu chez Tsukamoto de se retrouver par la douleur se retrouve dépouillé de ce qui lui donne un sens: l'univers des salarymen nippons auquel il veut représenter une alternative. Et pour le troisième, on évoquera le masque à gaz déjà mentionné. Du coup, leur empilement se met à sentir l'appel de pied opportuniste en direction des cult addicts. Oldboy cherche ainsi le statut de "film culte" comme le pathos de Dancer in the Dark cherche à tirer des larmes au spectateur: d'une manière lourdingue et ostensible. Il appartient à une des autres formes contemporaines d'académisme : celui du "film sous référence" en forme de leçon post-moderne mal apprise mal récitée.

Ce laborieux, on le sent aussi dans la direction d'acteurs. Choi Min Sik est ici à la hauteur du talent qu'on lui connaît. Reste qu'il n'évite pas toujours l'impression de manque de naturel, d'outrance forcée lorsqu'il fait dans un jeu très chargé dramatiquement ou très expressif. Quant à Kang Hye Jeong, sa bonne prestation souffre aussi épisodiquement de ce genre de travers. Mais ces travers ne sont rien comparés à un Yoo Ji Tae alternant entre monoexpressivité et emphase shakespearienne forcée. Passons désormais à ce qui est censé faire d'Oldboy une révolution du cinéma de genre, à savoir la soi-disant inventivité de sa mise en scène. Virtuose, elle l'est mais le terme renvoie à une maîtrise technique et maîtriser une technique ne signifie pas forcément maîtriser son art. Car cette virtuosité ne vaut rien si elle n'est pas au service d'un projet de cinéma digne de ce nom: celui de Park dans Oldboy se résume à l'esbroufe, à impressionner pour impressionner. Pas de vrai regard de cinéaste à l'horizon: outre qu'ils créent une impression de surcharge caractéristique des oeuvres pompières, les cadrages très rapprochés ou très éloignés ne révèlent aucun regard du cinéaste sur ses personnages. Tout simplement parce qu'ils correspondent à la reprise directe d'une manière de cadrer souvent utilisée dans certains mangas ou comic books pour produire un effet comique ou un effet de surdramatisation. Mais ce faisant ce parti pris nie la spécificité du cinéma live par rapport à la bande dessinée. Soit le fait qu'un film live n'est pas une suite de planches reliées par le montage ou par des transitions. Ce qui apporte un surcroit d'intensité dans le cas d'une planche statique devient du procédé trop appuyé, du surlignage inutile, de l'artifice dans le cas d'un film live. Un peu comme certains films ont pu faire de la "peinture filmée" en faisant dans le cadrage pictural inutile, Oldboy fait dans la "BD filmée".

Cherchant à faire d'Oldboy un film/tour de force permanent, la réalisation fait de l'esbroufe son seul moteur. Que Park Chan Wook fasse ici très souvent du recyclage, cela ne nous pose aucunément problème. A condition de savoir bien choisir ce que l'on recycle. Mais ce qu'il reprend n'est souvent que "principes de réalisation" provenant de la publicité et du vidéoclip utilisés de façon illustrative. Un peu comme un Fincher dont la démarche est identique, il n'est donc ici qu'un réalisateur de spots publicitaires en version longue et non un cinéaste. On n'est certes pas dans les deux cas dans le pur plein la vue à la Michael Bay. Juste dans le cas de faussaires sachant très bien maquiller leur désir d'imiter le vidéoclip en utilisant son esthétique pour appuyer aussi légèrement qu'un tank leur "propos". Mais derrière ces tours de passe passe tout ceci n'est finalement que du style MTV. Un grand nombre de techniques sont ainsi mises à contribution afin de superposer différents niveaux temporels et de réalité dans une même image. Mais leur usage n'est trop souvent que procédés et clichés visuels déjà employés à outrance dans la publicité et le vidéoclip. D'où une mise en scène appartenant à l'académisme "mode" évoqué plus haut. Utiliser un split screen avec une série de flashs d'actualité sur un des écrans pour marquer l'écoulement du temps pendant la détention d'Oh Daesu est par exemple le genre d'idées/clichés visuels utlisés sans arrêt dans le vidéoclip depuis 20 ans. Et il s'agit en plus d'une manière lourdingue de refléter l'écoulement du temps. On est loin du ressenti de la durée par le montage d'un Leone que Park Chan Wook revendique comme modèle. Le cinéaste recycle également du "plan passant à travers les objets" finchérien par deux fois: dans la scène des baguettes pour produire du gag, dans celle de l'ascenseur pour surligner lourdement la claustrophobie.

Sans parler de cette reprise du cliché visuel publicitaire du plan du point de vue d'un appareil photo, de ces caméras subjectives à la manière évoquant le vidéoclip eighties. Ou SPOILER d'un usage lourdement signifiant du split screen pour surligner l'idée de schizophrénie à la fin du film FIN SPOILERS, de ces caméras à l'épaule entre mimétisme du style CNN et du style Dogma. Le comble de la poudre aux yeux formelle est atteint lors de la fameuse scène du combat à un contre plusieurs dans le couloir filmée en un seul plan séquence: le désir de souligner la solitude d'Oh Daesu débouche sur une imitation servile de la mise en scène de base du jeu vidéo. Et la scène se met du coup à ressembler à un ennuyeux jeu vidéo plus qu'à la révolution du cinéma d'action claironnée ici et là. Qui plus est là encore, "enfermer" Oh Daesu dans un long plan séquence est une façon légère comme un tank de souligner son enfermement tandis que mettre la caméra à très grande distance est une manière aussi légère de souligner sa solitude. Tous ces travers là, John Woo avait d'ailleurs su les éviter avec son plan séquence du couloir de Hard Boiled qui intégrait bien mieux au cinéma d'action l'héritage du jeu vidéo. Sous son apparence élaborée, la réalisation fait donc dans la facilité, le symbolisme lourdissime. Ou dans l'influence mal digérée avec ses compteurs de jours de Lynch du pauvre ou ses quelques mouvements de caméra à la virtuosité lorgnant vers De Palma. Terminons par l'usage extrêmement pompier de la musique classique devenant agaçant à la longue. Pompier comme un film qui tente poussivement de retrouver un certain genre de puissance dramatique. Plus précisément celle qui a pu porter d'un bout à l'autre les chefs d'oeuvre de Leone. En vain.

Oldboy dégage au final l'impression d'un gâchis de talent que donnent les films de cinéastes chargeant trop leur barque à force de recherche du coup d'éclat. Comme les derniers Lars Von Trier, cinéaste dont Park Chan Wook est un peu le cousin sud-coréen. Sans avoir égalé les plus grandes réussites cinématographiques du Danois, il partage néanmoins avec lui le fait d'avoir donné des preuves de son talent (JSA) aussi bien que de sa capacité à le gâcher par roublardise (ses deux opus vengeurs). Mais frapper un grand coup, même si c'est un coup d'épée dans l'eau, est souvent un passeport vers une gloire aussi rapide que factice. Lars Von Trier avait justement réussi un énorme coup de bluff avec le Dogma : faire croire à ses pairs qu'il révolutionnait le cinéma en se contentant de rhabiller au goût du jour les principes du cinéma vérité. Avec un profil -violence stylisée, film sous références, désir du tour de force visuel et narratif, adaptation d'un manga culte- qui avait tout pour lui plaire, Oldboy a réussi quant à lui à taper dans l'oeil du Président du Jury qui a reconnu qu'il se serait bien vu le palmer. Mais lors des votes pour la Palme -que le film a manquée de deux voix- le reste du jury n'a semble-t-il pas voulu suivre Tarantino sur ce terrain. D'où un Grand Prix du Jury en forme de lot de consolation. D'un autre côté, la justification à la Palme décernée à Moore donnée par une partie des jurés lors de la conférence de presse était tout aussi critiquable de par sa réduction du cinéma à sa portée politique...

PS après-coup : La note peut sans paraître exagérée mais elle est avant tout un baromètre de mon degré d’agacement face à un tel film. Pour parler de façon un peu plus reposée, le film dispose d’une vraie finition technique, de qualités dans sa direction d’acteurs mais il souffre d’un travers souvent présent dans certaines œuvres de début du carrière de cinéastes américains apparus dans les années 90 : le désir de vouloir « signer » à tout prix chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque rebondissement scénaristique au risque du « différent pour faire différent » comme du trop appuyé. D’où des films suscitant lors de leur sortie des avis très tranchés. Cette impression de défauts « de début de carrière » s’explique sans doute par le fait que le cinéaste coréen ait longtemps galéré avant de pouvoir réaliser en toute liberté les films qu’il souhaitait faire. Ce ne fut pas le cas de certains cinéastes américains auxquels je fais allusion : David FINCHER et Paul Thomas ANDERSON ont ainsi pu bénéficier d’une certaine liberté de travail très tôt dans leur carrière. Il leur a fallu près de 10 ans pour s’affranchir de leurs travers de jeunesse. FINCHER a ainsi offert sa première réussite majeure, un Zodiac à la mise en scène toujours stylisée mais évitant cette fois les effets de style clinquants et porté par un scénario écrit creusant véritablement ses personnages et son sujet. Paul Thomas ANDERSON a lui réalisé un There will be blood certes beaucoup trop long mais à la mise en scène sous influence scorsésienne enfin bien digérée. Ce qui m’amène à dire à propos du cinéaste coréen culte : wait and see…



21 mai 2004
par Ordell Robbie




Machine de guerre baroque mais trop vaine

Oldboy n’est-il que ce que Tarantino and co aiment (de la baston stylisée, de la performance plein la gueule, une manip’ bien maquillée) ou un vrai grand film qui a manqué de peu la Palme d’Or ? Première qualité, Oldboy n’est pas tiède. Il oscille entre le brûlant et le glacial. Les cinéphiles français le détestent, les filles et les vieux sont choquées, ce qui n’ont jamais vu de film coréen se demandent c’est qui ces malades ? Oldboy est excessif, en tout, tout le temps. Il démarre comme en plein milieu, avec une musique techno tonitruante, et ne laissera jamais une seconde faible, sans idée de mise en scène, quitte à aller dans l’expérimental le plus fou. Le scénario invente l’amour le plus ignoble ou le plus beau possible, selon notre degré de morale.

L’excès devient donc le thème du film. Oldboy est un grand barnum baroque, grotesque, le reflet d’un esprit prêt à vous taper dessus au marteau. Si le cinéphile saoulé le rejette en bloc, dommage, il manque des moments somptueux, notamment ces plans qui n’utilisent qu’une partie de l’écran, rendant les personnages minuscules, écrasés, encore cette idée du monde grotesque.

Mais Park Chan-wook n'a pas voulu faire le tri dans ses idées. Il a trop décoré, surchargé et, à la fin, quelque chose cloche dans son décor de l'appartement du tortionnaire : censé être froid et graphique, il dénote finalement un mauvais goût nouveau riche, toc, comme un décor de bar. On attendait une antre décadente, étrange, pour une fin apocalyptique. On peut aussi regretter que le réalisateur de l'anarchiste Sympathy For Mister Vengeance esquisse pour Oldboy une parabole politique (l’enfermement comme métaphore de la dictature) pour virer in fine dans le pur pathos, comme si quelques convictions avaient été sacrifiées sur l'autel de l'efficacité. Park Chan-wook porte alors fièrement son habit de cinéaste coréen : son Oldboy reste typiquement de Corée du Sud car fataliste et ne craignant pas les pleurs. Toutes les scènes d'actions sont désamorcées par de la musique dramatique. Les combattants sont des pantins, de misérables idiots, Choi Man-sik pousse à son paroxysme la destruction du mâle en cours dans le cinéma de son pays (de Lee Chang Dong à Hong Sang-soo), le scénario est une machine de guerre pour le massacrer. Armé de sa mise en scène surpuissante, couillu jusqu’au débile, peut être juste con, Oldboy devient une folle armada qui vide le corps et la tête, emporte des scories mais il s’en fout, il faut avancer, lutter contre des démons infernaux. Il semblait venir à Cannes pour tuer tout le monde. Son idée du cinéma a quelque chose de terrifiant.



25 mai 2004
par Yann K