
On ne prend pas les mêmes et on recommence ! On change de point de vue par rapport au premier opus, l'ampleur politique devient plus imposante et justifie que les commandants succèdent aux "simples" employés de la Division 2. Shinobu et Gotoh passent sur le devant de la scène, reléguant Noah et Shinshi au rang de troufions obéissants. A Mamoru Oshii et son binôme ITO Kazunoride larguer les amarres et de se lâcher complètement dans leurs délires paranos. Où comment le spectateur en arrive à (presque) se ranger du côté des méchants.
Patlabor 2 est ultra contemplatif. L’histoire se déroule sur un ton des plus sérieux. Oshii y développe une nouvelle fois ses délires de mise en scène pour réussir à égailler, à sa façon, chaque discussion. C'est le cas d'une conversation austère dans une voiture, éclairée par la lumière des néons d’un tunnel se reflétant à intervalles réguliers à l’intérieur du véhicule. Oshii répètera ce gimmik dans "GITS 2". Un travail conséquent sur les ombres est palpable tout du long, l'enseigne « ombres et lumières » écrite en français sur la devanture d’un magasin le souligne, avec pour seconde lecture une lumière qui s’attarderait sur les apparences et une ombre qui masquerait les secrets de la ville, de ses habitants. Pour enrober le tout, Kenji Kawai se surpasse sur le soundtrack, développant ce qu’il avait créé précédemment pour arriver à nous pondre un thème collant parfaitement à ce ton si particulier. Il gère merveilleusement les temps morts imposés par Oshii, s’en sert pour mieux étirer des morceaux tout d’abord lents et stables vers des passages plus dynamiques lors de montées de stress. Il donne vie à ce sentiment d’attente, d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la ville, par des rythmes répétitifs, transformant des passages a priori vides en quelque chose d'oppressant. Magnifique.

En haut à gauche, la jeune Noah s'exerce dans un Labor ; à sa droite Shinobu se rend à un rendez-vous amoureux ; en bas à gauche Goto se paye une crise existentielle ; en bas à droite un Labor de l'ONU se fait mettre en pièces.
Le dialogue chez Oshii est toujours passionnant. Pour trouver un semblant d’équivalent, il faudrait se reporter, par exemple, à la discussion sur le banc du JFK d’Oliver Stone entre Kevin Costner et Donald Sutherland. Oshii se perfectionne sur ce point par rapport au premier film, même si c’est dans Ghost in the Shellqu’il atteindra le summum du blabla cash dans ta face avec le monologue du Major Kusanagi sur son petit bateau. Pour l'instant, nous sommes sur une péniche. Deux hommes y parlent longtemps, chacune des phrases martelées par ces protagonistes est accompagnée de plans sur la ville, en accord avec les idées véhiculées. On y parle avant tout de l’opposition paix injuste / guerre juste, notion née après la seconde guerre mondiale avec un « plus jamais ça... ». On aborde les fondements de la paix dues à certaines morosités dans les pays du tiers monde, le tout autour d’hommes se prenant pour Dieu, dans un camp comme dans l’autre, des hommes qui se justifieraient par du « faire le mal pour en éviter un pire » ou bien encore du « Pour conserver la paix, prépare la guerre » etc. Prenant et déstabilisant.
Pour la trame, plus c’est gros, plus c’est crédible. Un avion arrive à planer pépère au-dessus de Washington ? Un autre flingue tranquillement les twin towers ? C’est énorme, inconcevable, parfaitement faisable. L’infaisabilité n’est qu’une croyance générale, un fait établi : certaines choses sont impossibles à faire et l’inconscient collectif croit dur comme fer qu’il ne doit pas en être autrement, à tel point que certains iront même jusqu’à contrecarrer ceux qui oseraient imaginer le contraire, renforçant ainsi tout simplement la faisabilité de la catastrophe. En pariant sur des dysfonctionnement internes, des luttes de pouvoir et des décisions d’ordre plus hiérarchiques que logiques, n’importe quel acte terroriste est possible. Illustration parfaite et magistrale - d'un point de vue cinématographique s'entend - : Patlabor 2. L’anticipation est gonflée mais finalement plus positive que ne l'est la réalité, Oshii terminant sur une simple et belle histoire d’amour son œuvre optimiste en opposition totale à ses derniers travaux en date que sont Avalon et Innocence: Ghost in the Shell, des œuvres beaucoup plus sombres et glauques que ce chef d’œuvre visionnaire, pamphlet révolutionnaire habillé d'un costard cravate. Pour mieux séduire une femme? Possible, rarement un dessin aura aussi bien réussi à représenter l’idéal féminin. Plus encore que Motoko dans Ghost in the Shell, Shinobu Nagumo a la grâce et la douceur d’une Jennifer Connely animée, apportant une simplicité de sentiments bienvenue autour de tous ces complots divers et variés n'ayant toujours eu d'autre but que de palier cette absence. "Faites l'amour, pas la guerre" semble nous dire le maître, alors plus enclin à regarder les femmes qu'à idolâtrer son clebs.
Œuvre charnière au scénario maître-étalon, véritable Die Hard du thriller politico-socio-économico-global, P2 damne le pion à pas mal d'adaptations de bouquins de Tom Clancy. La trame de Cowboy Bebop : le filmdoit beaucoup à l'œuvre d'Oshii, et d'autres films comme le Couvre feu d’Edward Swick également. Dans le genre, Patlabor 2 n'a jamais été égalé. A voir et à revoir.
Avez-vous déjà vu une suite qui ressemble à l'opus numéro 1 comme une vache ressemble à un tracteur? C'est le cas pour Patlabor 2 où, chose vraiment stupéfiante, il n'est quasiment plus question des robots Labor pourtant à l'origine du titre. Même le rythme, la qualité des graphismes et la compréhension de l'histoire diffèrent radicalement du premier Patlabor; car les couleurs, la précision et l'inventivité de l'animation sont franchement remarquables (cf. la neige qui tombe tranquillement au milieu du film), faisant fonctionner Patlabor 2 comme un mirage, planant et jouissif.
Mais en contrepartie, on ne fait même plus l'effort de comprendre le scénario, d'où ce sentiment paradoxal d'être passé complètement à côté du film tout en ayant contemplé et admiré les magnifiques images qui se succédaient. En fait, je pense que 2 ou 3 visions sont nécessaires pour comprendre vraiment les tenants et aboutissants de cet étonnant manga.
Manga, série TV, séries d'OAV, films… Patlabor a connu bon nombre d'adaptations. Le premier film bénéficiait d'un scénario solide et clair mais de dessins parfois douteux, le second en est tout l'opposé.
La qualité graphique de l'œuvre est en effet indéniable. Comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs alors que l'on a ajouté au staff du premier film le célèbre Kawamori Shôji (qui a travaillé sur Macross, Macross Plus ou encore Vision d'Escaflowne comme mecha-designer ou réalisateur). Les moyens accordés à la réalisation sont plus grands et cela se voit ! Des couleurs chaudes et belles, un dessin très soigné, aussi bien au niveau d'un bon chara-design que d'un mecha-design de très (très très) bon niveau. La musique de Kawai Kenji est également beaucoup plus présente que celle du premier volet, quasi transparente (même si la musique ne joue toujours pas un rôle de premier plan dans ce film). Rien à redire du point de vue de la mise en forme, un film visuellement magnifique !
C'est au niveau du scénario que cela pêche beaucoup plus… On a une nouvelle fois une menace planant sur le Japon et une enquête difficile que devront mener Gotoh et Nagumo Shinobu… Bien sûr l'histoire nous entraîne, sur fond de science fiction, dans une enquête policière intéressante. Bien sûr l'intrigue ne se dévoile que très progressivement et réserve son lot de rebondissements. Pourtant le scénario apparaît parfois inutilement complexe et brouillon. L'histoire est plus difficile à suivre que celle de la première adaptation au cinéma sans que le scénario ne soit plus riche. Il est même plutôt tiré par les cheveux… Je sais qu'une grande démocratie comme la France est passée au bord d'un coup d'état militaire pendant la guerre d'Algérie, mais tout de même… Voir le Japon tomber si facilement dans le chaos… C'est d'ailleurs pour cela sans doute que le scénario semble parfois confus : on ne peut pas vraiment justifier une déliquescence si rapide du pouvoir, alors on l'enveloppe d'un flou artistique de circonstance…
Bref, un scénario (très) moyen (même après plusieurs visionnages…), avec quelques réflexions sur la guerre et la paix assez basiques, à la limite du crédible, racheté par une mise en forme de toute beauté.