ma note
-/5

moyenne
3.11/5

Plaisirs Inconnus

nombre de notes: 0nombre de notes: 0nombre de notes: 2nombre de notes: 1nombre de notes: 1nombre de notes: 2nombre de notes: 7nombre de notes: 4nombre de notes: 3nombre de notes: 1

les avis de Cinemasie

5 critiques: 3.15/5

vos avis

16 critiques: 3.08/5



Ghost Dog 1.25 Complaisance
Ordell Robbie 3.5 New Wave
Tenebres83 4
Xavier Chanoine 3 De beaux moments mais une vision sans surprise de la Chine des années 2000
Yann K 4 Le mouvement et le surplace
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Complaisance

A force d’exploiter ce qui est devenu aujourd’hui un véritable filon - notamment en Asie, le film-portrait-d’une-jeunesse-désabusée-sans-repères-et-sans-espoirs, une certaine lassitude commence à me gagner, conjuguée à une interrogation bien légitime : faut-il obligatoirement dépeindre l’envers du décor de la société actuelle, à travers le portrait d’une partie de la jeunesse marginalisée par l’avancée d’un monde où ils n’ont pas l’impression d’avoir leur place, pour prétendre faire un film d’auteur ? N’est-ce pas là du scepticisme outrancier, une critique trop facile, une complaisance dans le fatalisme et le misérabilisme lorsqu’on sait qu’un pays comme la Chine s’ouvre enfin au monde, avec des libertés individuelles retrouvées petit à petit, une croissance du PIB inouïe, entraînant un espoir légitime en l’avenir ?

Si le documentaire de 9 heures A l’ouest des rails de Wang Bing avait cette tentation de présenter un visage plein de désespoir de la Chine d’aujourd’hui via la reconversion irréversible d’un gigantesque complexe industriel, il avait au moins l’intérêt d’une dimension universelle où l’on pouvait contempler la fin d’un monde en transition d’un nouveau. Wong Kar-Wai, Tsai Ming Liang ou Kurosawa Kiyoshi avaient décrits ces dernières années avec style et symboles une jeunesse un peu à la dérive face à la société contemporaine qui allait trop vite pour eux. Ils ont malheureusement été trop vite imités par des films comme Betelnut Beauty, Mirror Image ou Love will tear us apart, et ici Plaisirs inconnus : personnages résignés qui glandent toute la journée affalés sur un fauteuil, amourettes minables quasi asexuées, beaux gosses bons à pas grand-chose, plans fixes interminables et bande-son absente pour bien marteler au spectateur le désespoir dans lequel ils se trouvent. Et quoi ? On devrait être touché, avoir pitié, désespérer à notre tour d’une société malade de ce qu’elle engendre ? Le problème, c’est que de tout temps, chaque société a engendré son lot de problèmes et de désillusions ; ce n’est certes pas une raison pour l’accepter, mais il m’est de plus en plus difficile de voir ce genre de films qui semble donner une justification naturelle à l’inertie d’une jeunesse indifférente, qui refuse de se bouger pour réaliser ses rêves et atteindre des objectifs. C’est ce thème discutable qu’aborde laborieusement Jia Zhang Ke, qui frise la démonstration lourdingue dans de nombreuses scènes : Xiao Ji essayant de gravir une colline avec sa mob sans y parvenir (métaphore de sa vie…), longue scène de mob sur une autoroute déserte, référence à Pulp Fiction pour rappeler l’occidentalisation lente de l’Orient, immortalité du Roi Singe tournée en dérision puisque « 30 ans, c’est largement suffisant pour vivre », baffes à répétition dans la figure, … Bref ça n’en finit pas.

Largement surestimé tant thématiquement que visuellement, Jia Zhang Ke signe à nouveau un film ennuyeux à mourir, peut-être plus regardable que Platform grâce à ce changement de mise en scène caméra à l’épaule, à la réduction du nombre des personnages et de la durée de l’ensemble, mais tout aussi creux.



15 août 2004
par Ghost Dog




New Wave

Après Cure, Love will tear us apart, les grands des années New Wave sont décidément une source inépuisable d'inspiration pour les titres de films asiatiques. On peut donc d'ores et déjà commencer à prendre les paris. La prochaine sensation festivalière asiatique s'appellera-t-elle Pornography, New Order ou Closer? Ou bien Disintegration? Quoi qu'il en soit, cette manie de faire référence à une belle période de l'histoire du rock n'est pas pour nous déplaire. D'autant que chez Jia Zhang Ke il est question d'ennui, de jeunesse triste et de l'énergie de celui qui se renferme dans son monde plutot que de participer à son époque. Et cette tension entre l'inertie des personnages et un changement auquel ils refusent de prendre part se retrouve dans une mise en scène alternant caméras portées documentaires, lents travellings quadrillant des lieux et des appartements d'une Chine du Nord industrielle en forme de cimmetières pour vivants (des ambiances qui ne sont pas sans évoquer ce Nord industriel de l'Angleterre dont la désolation fut le ferment de l'inspiration d'un Ian Curtis ou d'un Morrissey) et longs plans-séquences contemplatifs rendant l'inertie de l'univers des personnages. La variété rythmique qui en découle rend le film agréable à suivre malgré quelques passages longuets qui démontrent par défaut que les confrères taiwanais du cinéaste savent jusqu'où aller trop lent.

La grande force de Unknown Pleasures, c'est son récit cohérent malgré un tournage en improvisation permanente qui donne une vision romanesque de la jeunesse chinoise contemporaine, une jeunesse sans repères culturels. Les traditions culturelles chinoises ne sont pour eux qu'un divertissement qu'ils regardent pour passer le temps mais dont ils ignorent la portée et le sens: les scènes où les personnages regardent d'un air indifférent des dessins animés sur le Roi Singe ou de l'opéra pékinois sont à cet égard éloquentes. Mais s'ils ne maitrisent pas la culture chinoise ils ne comprennent pas davantage la portée d'une culture occidentale qu'ils ont adoptée (les T-Shirt verts khakis arrivés en Chine avec deux ans de retard sur l'Occident). Cet aspect donne lieu à des observations d'une grande drolerie tournant autour du cinéma de Tarantino: Xiao Ji discutant au restaurant avec Qiao Qiao du fameux casse d'ouverture de Pulp Fiction, scène enchainée de façon virtuose avec celle où les deux memes essaient en boite de reproduire la gestuelle de la scène du concours de twist au son de la techno, sans etre bien évidemment synchrones de la musique, Pulp Fiction faisant également office de DVD acheté parce qu'un revendeur pirate ne possède pas de films d'art et d'essai de Jia Zhangke et Yu Lik Wai (allusion au peu de visibilité en Chine de films que les étudiants et les intellectuels chinois achètent sous le manteau). Et lors de la tentative finale de casse les personnages ne font que -mal- reproduire des scènes vues à foison dans le cinéma américain.

Un billet de un Dollar y est aussi regardé comme un El Dorado et le jeune ami de Xiao Ji essaie d'impressionner une fille en lui offrant un téléphone portable "parce que ça pourrait lui servir pour ses études de commerce international". Jia Zhang Ke se montre également un grand observateur de la société chinoise et passe en revue ses événements historiques récents: l'explosion d'une usine que les personnages prennant pour une attaque américaine à cause de la propagande gouvernementale, la secte Falungong, l'explosion de joie des Chinois à l'annonce de la victoire de Pékin pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2008. Le plus frappant est que la plupart de ces changements historiques sont perçus au travers du prisme déformant de la télévision d'Etat et qu'ils sont à la fois si loin -ils ne les vivent pas au quotidien- et si proches -ils subissent les conséquences de cette marche en avant dans leur vie intime et professionnelle- des personnages du film, contradiction qu'on retrouve dans le coté formellement bicéphale du film. Quant au quotidien vécu, ceux qui ne glandent pas travaillent à l'usine sans avoir reçu leur salaire depuis des mois et pour soigner un malade à l'hopital dans les délais seul le cash est accepté. Mais Jia Zhang Ke fait se croiser toute une gallerie de personnages qui donnent au film son souffle romanesque: les chanteurs de rue qui rythment littéralement le film, la masseuse, l'étudiante amie de Bin Bin, le personnage de Xiao Wu déjà vu dans un autre film du cinéaste, un Bin Bin désenchanté et timide qui a du mal à cacher sa détresse devant ses copines, un Xiao Ji roulant des mécaniques comme une petite frappe wonkarwayienne sans en égaler le charisme et parvenant à séduire une Qiao Qiao au boyfriend possessif à force de persuasion, une Qiao Qiao qui est une véritable femme forte n'ayant pas peur de prendre les devants avec les hommes voire de leur imposer sa volonté.

Sauf que c'est sur ce dernier point que se trouve le bémol qui empeche un film réussi de devenir véritablement poignant et de passer dans la catégorie supérieure des grands portraits de jeunesse sans repères, celle de Kids, Spacked Out ou d'un Millennium Mambo: si les acteurs du film jouent correctement, leur investissement dans leur role n'est pas vraiment à la hauteur des personnages qu'ils incarnent. Le personnage de Qiao Qiao et de son copain possessif sont dès lors moins marquants que ceux de Shu Qi et de Jack Kao chez Hou par exemple. Le film est du coup très en dessous de son potentiel émotionnel malgré quelques belles scènes. Malgré tout, le film mérite le détour pour son tableau acerbe de l'envers du développement économique de la Chine. Et on peut remercier l'Office Kitano (coproducteur du film avec la France et la Corée du Sud) d'apporter son soutien à ce type de projets.



23 janvier 2003
par Ordell Robbie




De beaux moments mais une vision sans surprise de la Chine des années 2000

Avis Express
Tout a déjà été très bien dit sur Plaisirs Inconnus, inutile d'en rajouter des couches. Jia Zhang-Ke offre un portrait désabusé sur la jeunesse "en manque de repères" si chère au nouveau cinéma d'auteur chinois des années 2000, jusqu'à paraître même redondant et surtout trop pessimiste dans son discours. La séquence finale où Bin Bin passe pour un guignol au commissariat clôt d'ailleurs le film avec une sécheresse pourtant jusque là absente. Le problème est qu'il n'y a pas non plus de grand mérite à mettre en scène des loosers qui ne font rien de leur journée et qui ne font surtout rien pour que ça aille mieux, tout juste rêvent-ils de se faire de l'argent facile en impressionnant la clientèle avec de la fausse dynamite. Toute forme d'espoir se voit aussi annihilée, notamment lorsqu'un des jeunes désire rentrer dans l'armée (seule issue possible à son triste destin) mais s'y voit refusé à cause d'une hépatite décelée lors des tests sanguins, tout comme la jeune artiste condamnée à faire la cruche sur scène en espérant toucher un jour un salaire. Pas de grande surprise aussi en voyant un coin de la Chine en reconstruction filmé avec un vrai sens du cadre, c'est du Jia Zhang-Ke pure souche, pénible ou accrocheur c'est selon. Allergiques au "cinéma d'auteur" dans toute sa splendeur -nihiliste-, fuyez.



04 février 2009
par Xavier Chanoine




Le mouvement et le surplace

La vraie révolution dans le cinéma de Jia Zhang-ke, auteur de deux films saisissants de maîtrise (Xao Wu artisan pickpocket et Platform), n’est pas dans l’utilisation du numérique (c’est devenu d’un banal) mais dans la liberté qu’il prend avec son cadre. Car Jia Zhang-ke, accompagné de son chef op’ et également réalisateur Yu Lik-wai, est avant tout un cadreur de génie, un de ceux qui donne au placement de la caméra et du choix de l’angle (souvent large) un sens décuplé à la scène. Dans Plaisir Inconnus comme dans Platform, l'environnement exprime l’enfermement, la désolation, c’est l’anti-pub la plus violente sur la Chine. Les films nous interrogent sur la possibilité même que des gens puissent vivre dans des endroits aussi tristes. On hallucine sur ce lieu de Plaisirs Inconnus, grand comme une halle de tennis, beau comme un hangar à avion, gai comme un abattoir, décoré tout en béton gris, dans lequel les gens passent, boivent à des tables (sur le côté), font du billard et du vélo (c’est grand, on vous dit) : c’est la gare. Hmmmm, ça donne envie d’y aller…. Noyés dans le décor, les personnages essaient de survivre. Dans Platform, le cadre, comme l’Histoire, comme le village, était presque immuable et le film en tirant une force inconnue, comme une sérénité glaçante.

Ici, donc, révolution : le cadre bouge, et parfois vite. Jia Zhang-ke ouvre sur un panoramique circulaire époustouflant. Puis, avec la facilité que permet la DV, il s’approche de ses personnages. Puis le cadre reprend sa position initiale : en retrait, sur la longueur. Le cinéma de Jia Zhang-ke fonctionne sur d’incessants croisement, un jeu complexe de mouvement et de surplace : les personnages voient le monde changer autour d’eux mais eux ne changent pas. Le cadre change mais le décor ne change pas. Leur intérieur est bouleversé mais l’extérieur reste impassible. Dans Plaisirs Inconnus, on prend plaisir à voir un cinéaste briser son « système formel », mais d’un autre côté, il n’est pas sûr que cette forme plus libre créé quelque chose de plus intéressant.

Le fait est que la deuxième partie, plus retenue, plus « long plans séquences », est plus poignante. Le film devient pétrifiant, d’une violence inouïe parce que rentrée, jamais exprimée. Au début, après une exposition magnifique, le film se cherche, le spectateur se perd. Jia Zhang-ke étire peut être aussi trop certains plans (une scène avec une mobylette devrait rester dans les annales de l’« énervant »).

Reste qu’il dépeint comme personne son pays, car il mêle les histoires pathétiques, parfois très drôles (hilarant hold-up minable) de personnages écrasés, atomisés par le pouvoir, et la grande Histoire de la Chine, via les messages à la télé ou par haut parleurs. On assiste ainsi à l’annonce de la victoire de Pékin pour organiser les Jeux Olympiques 2008, la secte Falungong est évoquée, etc. On s’aperçoit que la propagande fait des ravages : lorsqu’une explosion retentit en ville, une habitante dit « les américains attaquent », et la télé affirme que c’est un « sabotage délibéré ». Ben voyons. Ce brûlot dans lequel on chante une chanson écrite juste après les évènements de Tien An Men ne sortira évidemment pas en Chine. Il est coproduit par la France, le Japon et la Corée du Sud, et les festivals internationaux sont sa seule chance d’exister.



02 septembre 2002
par Yann K


info
actions
plus