| Gillesc | 4.5 | "Les gens croient que la liberté est dehors ; celle que j'ai choisie était à l'... |
| Ordell Robbie | 2 | Route moyenne |
Le film relève un gros défis : parlez des prisonniers de conscience sans les discréditer ; et même amener le spectateur à s'attacher à eux, à comprendre leur douleur, et leur volonté. Ces prisonniers qui sont restés emprisonnés pendant 40 ans parce qu'il ne voulaient pas céder leurs choix politique contre une liberté toute relative. On comprend tout à fait que ces prisonniers fassent un tel choix ; on ne sait même pas s'ils aiment la politique de leur pays, mais ils croient à la liberté d'expression. On voit très clairement qu'ils ne peuvent pas s'entendre avec le gouvernement sud-coréen, comme le dit très bien le directeur de la prison lorsqu'il explique que le Sud étant ennemi du nord, il ne peut autoriser la liberté à des communistes, sous fond de loi sur la sécurite nationale. Le plus effrayant dans ce film, c'est qu'on voit très clairement que les protagonistes n'ont aucune raison de se détester ; en particulier le directeur de la prison qui serait limite prêt à accepter l'amitié du prisonnier s'ils n'étaient pas ennemi de conscience. Le même sujet était déjà abordé dans JSA, où les soldats nord et sud coréens ne devaient pas montrer qu'ils avaient liés amitié lors de leur face à face.
La mise en scène n'a rien de particulier mais la musique est très bien choisie ; assez sobre et en général plutot douce et les acteurs sont sensationnels ; et le morfing de KIM Jung-Gi est impec' ; d'autant plus qu'il arrive à modifier sa voix pour paraître plus vieux, ce qui rend son personnage encore plus réaliste
Au final une histoire vraie qui fait refléchir sur la liberté de conscience et servi par un casting impeccable et une ambiance nous faisant aimer ces nord coréens. Et la fin est vraiment touchante
Au rayon des films où la Corée du Sud revisite la face noire de son histoire récente, The Road Taken a le mérite d'éviter les pièges de la lourdeur et du manichéisme comme celui de la dénonciation trop timorée des errements de son pouvoir politique. Son scénario décrit ainsi sans lourdeur, parfois de façon frontale, parfois de façon suggestive le prix qu'ont eu à payer ces prisonniers pour conserver leur liberté de conscience. Et ce sans idéaliser ni diaboliser ceux qui eurent à appliquer les ordres gouvernementaux. Les personnages campés par Kim Jung-gi et Ahn Seok-hwan se retrouvent ainsi séparés par le contexte politique de la Corée du Sud de leur temps alors qu'on sent entre eux l'amitié possible. Ce dernier point évoque bien évidemment Joint Security Area. Pour autant, The Road Taken n'arrive pas à égaler ce film-là. Tout simplement parce que si des acteurs en état de grâce tiraient le film de Park Chan Wook vers le haut aucun élément n'arrive ici à rendre le film un minimum mémorable. La limite du film, c'est le parti pris d'ensemble de sobriété choisi par Hong Ki Sun. Et entre sobriété et retenue trop froide la frontière est mince, frontière allègrement franchie par le film. La mise en scène offre en effet un minimum syndical de sobriété classique pas aussi renversant qu'aurait pu l'être une épure extrême ou une stylisation flamboyante. Le film manque en outre de rythme. Quant aux acteurs, ils jouent bien dans un registre retenu mais ils ne sont pas assez poignants dans cette retenue pour rendre le film un minimum émouvant. Le score est quant à lui peu inspiré, parfois quelconque, parfois trop mièvre. D'où une oeuvre qui reste très en deçà du potentiel de son scénario. Dommage...


