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9 critiques: 3.86/5

visiteurnote
Titeuf@ 4.25
geez 4.25
Izzy 4
Manolo 4
Bastian Meiresonne 4
Inoran 4
hkyume 3.75
Secret Tears 3.25
Neirda 3.25


classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement

Voici une excellente comédie macabre, qui n’est pas sans rappeler Petits meurtres entre amis. Sauf qu’ici il y a peu d’amis et beaucoup de meurtres. Ce film fait vraiment penser à un premier film, et pourtant il s’agit déjà le second long métrage de Pen-ek, qui n’a pas encore mis en place le style qui deviendra sa marque avec Monrak Transistor et surtout Last life in the universe. Très bonne surprise, que je recommande vivement même à ceux qui ont habituellement du mal avec les films thaïs.

12 mai 2008
par Manolo


L'argent ne fait pas le bonheur

"Sixty-Nine" révèle une énorme méprise: celle du cas de Yuthlert Sippapak: "6xty-N9ne" est LA comédie, que Yuthlert aurait sans aucun doute toujours voulu réaliser, depuis "Killter Tattoo", jusque son "Pattaya MAniac" – mais qu'il n'est jamais parvenu à faire. A la vue de ce second long de Pen-Ek, on peut mesurer le MONDE qui sépare le travail des deux hommes. L'un est un honnête faiseur de divertissements légèrement décalés, qui n'a jamais su confirmer ses débuts gentillets, mais prometteurs; l'autre est un véritable artiste, qui s'est – certes – beaucoup inspiré de nombreux modèles (américains) avant de développer son propre univers (puis de s'être fait rattraper par l'économie du circuit festivalier avec ses "Vagues Invisibles" et "Ploy").
 
"6xty-N9ne" fait partie de ce que j'appellerai une première "trilogie du commercial"; après sa comédie douce-amère "Fun bar Karaoke" et avant "Moonrak Transistor", Pen-Ek réalise cette petite comédie hyper-noire, dans le pur style des premiers films des frères Coen ("Sang pour sang") ou du méconnu film de Sam Raimi, (également coscénariste des frères Coen à leurs débuts) "A simple plan". Un film, où un déraillement dans le morne quotidien d'une jeuen femme quelconque va l'entraîner dans un engrenage fatal, qui fera véritablement pleuvoir des cadavres par dizaine, en dépit de tout bon sens. C'est drôle, parfois, véritablement tragique souvent et on ne sait plus très bien, s'il faut rire des malheurs de l'héroïne, prendre son parti ou rejeter ses actes en bloc; surtout qu'avant la future hilarante prestation de Miike dans "Last life in the universe", Pen-ek imagine déjà ribambelle de "mauvais garçons" particuliers, dont un excellent duo de tueurs s'entretenant en langage de signes. Un comique de l'absurde, dans le droit esprit de tout le long-métrage.
 
Mais au-delà de cette farce macabre, Pen-ek développe des véritables sentiments artistiques et engagés.
Il réalise son film en 1999, en plein renouveau du cinéma thaïlandais, mais également au plus profond de la crise économique secouant la bulle économique asiatique. Le film s'ouvre d'ailleurs sur la mise à pied de trois employés d'une prestigieuse entreprise – ces employés sont désignés en tirant des numéros au hasard (ou plutôt en agitant des bâtonnets, qui servent normalement dans un rite religieux dans les temples bouddhistes thaïs pour prédire le futur immédiat – donc le destin de celui qui interroge les Dieux). Le directeur s'excuse de cette façon de faire, mais il n'a rien à reprocher d'aucun de ses employés: ils n'ont rien fait et leur licenciement est la simple conséquence de la crise économique. Des gens mis au ban de la société par la simple perversité d'une économie capitaliste. Ce simple tirage au sort va d'ailleurs sceller le sort de l'héroïne principale: alors qu'elle n'a aucun reproche à se faire, elle se retrouve du jour au lendemain privé de travail et donc sans ressource. Ce fait est symbolisé par la scène du supermarché: alors qu'elle n'achète que des produits de première nécessité, elle découvre d'abord – horrifiée – le prix très élevé (inflation), puis constate, qu'elle n' a plus assez d'argent pour se payer un simple pot de café en poudre et une boite de lait. Pour ne pas se priver, elle va commettre un vol – elle est littéralement poussé par son licenciement abusif à devoir commettre un crime.
Une situation économique, qui se reflète également dans des simples détails dans les arrière-plans, comme lorsque l'héroïne prend le bus et passe devant une tracto-pelleteuse, dont la pelleteuse est relevée (donc "à l'arrêt", reflet de la crise immobilière, qui frappait la Thaïlande à l'époque et avait mis un arrêt momentané à beaucoup de chantiers en cours) et qui abrite en son sein un personnage inanimé – on suppose, qu'il dot (il est "à l'arrêt" momentané, comme sa machine), peut-être même qu'il est mort…On ne sait pas.
 
Le destin de l'héroïne est en tout cas scellé: son vol en a fait une criminelle. Elle va alors commettre un deuxième acte irrémédiable – surtout dans la culture thaïe: elle va symboliquement se tuer; or le suicide est quelque chose de très mal vu, notamment dans la religion bouddhiste (voir à ce propos le récent "Opapatika", dans lequel des personnages se tuent pour "renaître" comme des véritables démons). Comment ce personnage se suicide-t-il ? En ingurgitant quantité des produits ménagers, un nombre incroyable de produits toxiques, qui nous aident pourtant au quotidien: produits ménagers, lessives et autres désinfectants. Elle tente donc de se tuer avec des produits typiquement économiques, ceux-là même qui sont indirectement liés à la cause de son renvoi (on travaille pour pouvoir se payer ces produits); mais ce n'est pas cela, qui va la tuer – elle devra recourir à un flingue…A moins que tout ceci n'était que phantasme – comme suggéré dans la scène suivante – et que toute l'histoire n'était finalement qu'un cauchemar fantasmé.
 
"6xty-N9ne" est un film à des très nombreuses interprétations, largement empreint de la culture thaïe; un film qui sait parfaitement marier art et divertissement. On pourrait longuement étudier le rapport de la Nature à la ville, l'une des thématiques les plus fortes du cinéma thaï de ses 30 dernières années étant l'exode des "petits" gens de la campagne vers la "grande capitale Bangkok", encore aujourd'hui considéré par beaucoup de gens traditionnels comme un lieu de débauche. L'héroïne n'est-elle d'ailleurs pas toujours irrémédiablement attirée par la Nature, d'une part pour se débarrasser des ses "problèmes", d'autre part pour pouvoir se retrouver en toute fin de film ?
Des idées, que Pen-ek passe également par l'efficacité de sa mise en scène; notamment dans la scène où l'héroïne prend littéralement "ses distances" pour pouvoir se dépasser et couper la jambe d'un cadavre à la scie; ou encore cet incroyable plan parfaitement découpé, où l'héroïne rencontre le petit ami opportuniste de sa meilleure amie. Par un magnifique jeu de miroirs (ou plutôt une mise en abime), on dirait que la petite amie ne tient pas la main de son ami, mais celle de l'héroïne, dont le visage se reflète dans un élément du décor au premier plan, tandis que l'ami infidèle va être littéralement "coupé" par ce même élément et paraître bien à part.
 
Un divertissement parfait et un magnifique cas d'étude – tout ce que j'aime dans le cinéma.  


19 novembre 2008
par Bastian Meiresonne


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