| Gillesc | 4.5 ![]() |
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| Ordell Robbie | 4 ![]() |
Empire des passions |

Commençons par évoquer très vite les défauts de cette Servante. Le film n’est ainsi pas exempt de petites lourdeurs. Sa dimension psychanalytique est parfois soulignée avec autant de finesse qu’un bulldozer par les dialogues. Surtout, l’usage récurrent d’un score pastichant Bernard Hermann lors de ses passages dramatiques finit par sentir à la longue le trop appuyé. Et puis il y a ce final sentant bon la concession à la censure de l’époque. Il ressemble à un gag faisant pièce rapportée dans le film. Le reste? Oscille entre singulier et remarquable. Le remarquable se situe d’abord au niveau formel. Chaque scène est ainsi portée par des mouvements de caméra à la belle ampleur classique. La précision souvent de mise dans le travail sur le cadre fait écho au regard d'entomologiste porté par Kim Ki Young sur ses personnages. La mise en scène et le montage se distinguent aussi par leur bonne gestion des ruptures de ton du scénario. Le film peut ainsi passer d’une situation extrême très dramatisée à une scène plus comique avec un naturel confondant. Rien que pour ces deux raisons-là Kim Ki Young méritait d’être tardivement reconnu à domicile comme de figurer dans la rétrospective cinéma coréen de la Cinémathèque de cette année.
Le singulier? Il se situe dans la façon dont le film semble en avance sur les audaces des cinémas d'auteur japonais et européens des sixties. Les dérèglements engendrés par la passion sont ainsi observés avec un regard d’entomologiste. Un «corps étranger» s’introduit dans un foyer familial et va progressivement déranger la tranquillité de ce dernier. Et pour montrer les conséquences de ce dérèglement le film ne fait pas l’impasse sur des situations extrêmes. On y voit la maîtresse finir par prendre le pouvoir dans le foyer en mettant la femme légitime à la périphérie de ce dernier. Les enfants n’hésitent pas non plus à user d’une relative violence pour contrecarrer les volontés de cette dernière. La femme légitime se retrouve investie de désir de meurtre. Et la servante/«corps étranger» veut venger son avortement par la mort d’un enfant. D’un simple adultère on bascule vers un engrenage aussi surprenant qu’étonnant de violence physique et psychologique. Passion et désir meurtriers surgissent ainsi subitement du quotidien ordinaire. Un drame psychologique en huis clos s’y combine avec des éléments de film d’horreur (l’usage de la foudre). Les décors dans lesquels se déroule le drame sont eux très bien utilisés. Le film confirme également que la fascination du cinéma coréen pour les handicapés ne date pas d’aujourd’hui.
Un film cousin coréen du cinéma de Bunuel et Von Stroheim comme le prétend la brochure de la rétrospective? Peu importe ce que cela serait censé évoquer. Rien n’enlèverait de toute façon à la Servante sa singularité. A défaut d’être un chef d’œuvre, il s’agit d’un film à part dans le cinéma coréen comme dans le cinéma d’Extrême Orient.