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Le Samourai du crépuscule

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les avis de Cinemasie

3 critiques: 2.92/5

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17 critiques: 4.25/5



Ghost Dog 3.5 Samourai philosophe
Ordell Robbie 2.75 Samourais "à l'ancienne"
Sid 2.5 Humain mais terriblement plat
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Samourai philosophe

En bon artisan du cinéma japonais depuis plus de 30 ans, YAMADA Yoji s’est construit au fil du temps un petit monde à lui, s’est forgé des convictions de narrateur et de metteur en scène qui rendent son Samourai du Crépuscule à la fois solide et rafraichissant, loin de la nouvelle vague nippone des Azumi, Samourai Fiction ou Gojoe.

Sa vision du temps des samouraïs est en effet une vision sereine, lucide et désenchantée, à l’image de son personnage principal, Iguchi Seibei, incarné par un magnifique Sanada Hiroyuki qui est lui aussi un « artisan acteur » en quelque sorte, tant il a touché à tout au sein de l’industrie cinématographique. Au beau milieu d’une société rigide dont les codes subtils et ancestraux (mariage arrangé, interdiction pour une femme de parler à un homme dans la rue, soumission au shogunat, peur du qu’en dira-t-on,…) asservissent plus qu’ils ne libèrent, Iguchi, samourai veuf avec 2 fillettes et une mère sénile à charge, tente de surnager en adoptant une posture limite rebelle qui lui permet de continuer à profiter de la vie à sa manière, une posture désintéressée et épicurienne consacrée exclusivement au bien-être de ses proches et à la culture de son potager, complètement déconnectée des usages, des ambitions et des mondanités. De nombreuses scènes donnent un visage très humaniste au film : des sourires complices de petites filles, des non-dits douloureux ou grandes déclarations qui font un flop, la grimace d’un vieux dignitaire pour faire rire un enfant, et même un duel au sabre presque contre-nature précédé d’un long échange sur les difficultés de la vie entre le rebelle et son bourreau.

Au final, Yamada parvient à brosser un hymne à la simplicité et aux petits bonheurs de la vie sensible et touchant, ce qui est toujours bon à prendre par les temps qui courent.



14 février 2007
par Ghost Dog




Samourais "à l'ancienne"

Avec The Twilight Samurai, Yamada Yoji s'offre une incursion hors du cinéma de série (les Tora San dont la longévité fit de lui une caricature de ce qu'avait pu etre une industrie cinématographique nipponne demandant à un cinéaste de reproduire à l'infini une formule à succès et la série en cours des A Class To Remember) et signe une oeuvre convaincante malgré quelques défauts, un jidaigeki en forme de vestige des films pas forcément renversants mais jamais inintéréssants que le cinéma japonais produisait du temps où le terme d'industrie cinématographique avait encore un sens dans l'Archipel.

Yamada ne révolutionne pas le jidaigeki mais les qualités du film -interprétation, mise en scène, écriture scénaristique- sont assez rafraichissantes en ces temps où le samourai est revisité par le cinéma japonais à coup de second degré peu inspiré et de style clippeux. En terme de travail formel, Yamada n'est pas aussi novateur qu'un Ishii Sogo mais il exécute en artisan consciencieux une mise en scène faite de cadrages bien pensés et d'une lenteur rythmique dont le mariage avec la discrétion classique des mouvements de caméra fait écho à la sérennité de Seibei face au désordre du monde qui l'entoure. C'est l'oeuvre d'un cinéaste de métier qui ne cherche nullement le coup d'éclat, la stylisation visible et du coup le choix formel fonctionne. Question acteurs, Sanada Hiroyuki et Miyazawa Rie font leur travail avec un vrai sens de la retenue faisant écho à leurs personnages d'etres aux tourments intériorisés mais gardant toujours leur sang froid au milieu d'un monde aux principes moins stricts que les leurs. Mais la grande force du film est son écriture scénaristique. Sans révolutionner la représentation du samourai à l'écran, Yamada apporte sa touche personnelle: si un Kobayashi montrait des samourais dans la misère, solitaires, aux principes moraux supérieurs à ceux de leurs chefs, il héroisait quand meme leurs personnages. Ce que ne fait pas Yamada qui montre un personnage méprisé pour son manque d'hygiène mais ne cherchant jamais le coup d'éclat, que ce soit pour faire respecter les grands principes moraux ou pour essayer d'atteindre le sommet, un etre qui ne cherche qu'à etre fidèle à lui-meme. Son humanisme est bien mis en évidence dans le premier duel où il refuse de se battre avec une arme tranchante parce qu'il connait sa force, scène qui fait écho au combat du "samourai sans nom" avec un sabre fourré dans Sanjuro. Durant toute la première partie du film, on est toujours à deux doigts de tomber dans l'exçès de bons sentiments. La seconde partie, qui confronte les principes de Seibei au réel, évite un peu plus cet écueil: elle est marquée par son rapport à Tomoe, femme qu'il aurait pu et voulu épouser suite au duel, dont il refuse la proposition de mariage parce qu'il a peur des conséquences psychologiques pour elle d'une baisse de train de vie. Sauf que Seibei est tourmenté par ce refus par la suite et que les circonstances vont faire ressurgir ses sentiments: le dilemme entre son refus de la violence et le contrat qu'il veut exécuter pour les seigneurs par obéissance dans un contexte historique -guerre de clans, intrusion des armes à feu- que l'on connait bien grace à Kurosawa lui offre l'opportunité de donner un deuxième acte à sa vie, d'exécuter "un dernier coup" avant de se ranger. SPOILER Sauf que dans le superbe face à face final dans l'obscurité, il se voit renvoyé à sa propre condition face à un samourai qui lui ressemble, un etre qui comme lui a connu la misère et comme lui fait passer les principes avant le désir et qu'il manque laisser s'échapper meme si le devoir finira par triompher au terme d'un duel paradoxalement rendu intense par sa lenteur rythmique-.FIN SPOILER

Parmi les défauts qui empechent le film d'etre plus marquant: la photographie terne, le manque de contraste des choix chromatiques, une musique de téléfilm qui fait sombrer certaines scènes dans le mièvre, quelques longueurs rythmiques, une conclusion baclée. Et le fait que si des films moins classiques dans leur approche de l'univers des samourais comme Gojoe ou Zatoichi ont bien plus de gros défauts ils ont aussi une ambiance unique qui fait que l'on a plus volontiers envie de les revisionner.



15 mars 2004
par Ordell Robbie


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